Pirogues traditionnelles : Aïlé se jette à l’eau

Il revient tout juste de trois mois de formation à Auckland aux techniques traditionnelles de navigation. Aïlé, s’il est le premier, ne sera sûrement pas le dernier jeune Calédonien à participer au renouveau de la pirogue dans les îles du Pacifique !


« On est un tout petit quartier du Monde : il faut ouvrir l’horizon, regarder ailleurs que chez nous, chercher la différence, comparer, prendre ce qui est bien et jeter ce qui n’est pas bon… La langue anglaise aide à créer plus d’échanges avec nos voisins, et m’a permis de tailler de belles pirogues ! » A 27 ans Aïlé Tikouré, originaire de Vao et guide touristique sur l’île des Pins, a déjà un parcours d’une exceptionnelle richesse, mais pas de quoi entamer son capital modestie. Avec lui tout ramène à la mer en général, et à l’océan Pacifique en particulier…

Déjà, pourquoi avoir choisi Bourail pour faire son lycée ? Cherche pas, le mercredi c’était surf ou va’a au programme ! Après quoi le jeune homme s’envole une première fois pour Auckland en Nouvelle-Zélande. Là-bas, il étudie l’anglais et la logistique dans l’événementiel. De retour en pays kunié il y a trois ans, ses compétences linguistiques sont sollicitées direct : un cousin lui propose de travailler comme guide touristique.

Pirogues traditionnelles

Membre depuis sept ans du Resurrection Crew, Aïlé accompagne en 2016 le groupe au festival des Arts du Pacifique, à Guam. Gros coup de cœur pour l’arrivée des pirogues traditionnelles, lors de la cérémonie d’ouverture. Il se rapproche alors de Jef, puis de Jyssé, tous deux impliqués dans un projet calédonien de réhabilitation des savoirs ancestraux liés aux pirogues.

Début 2018, Aïlé part en Nouvelle-Zélande pour trois mois. Objectif : se former aux techniques de navigation céleste auprès du maître Peia Patai ! C’est la fondation Okeanos, impliquée notamment dans le développement du transport maritime durable, qui assure l’ensemble des frais sur place.

Au « training centre » d’Okeanos à Manukao, dans la banlieue d’Auckland, Aïlé côtoie des collègues venus du Vanuatu, de Micronésie ou de Polynésie française : le vaste Pacifique, à l’image d’un projet qui reconnecte les îles entre elles, malgré les distances et les barrières linguistiques. « On alternait les tours de cuisine, du coup chacun faisait à sa façon. C’était rigolo de voir les différentes façons de cuisiner un poisson selon les îles du Pacifique, relève Aïlé. On a les mêmes codes, le même humour, la même façon de voir les choses. Il y a plus de chance que je vive les mêmes trucs que celui qui habite sur une île de Micronésie, par rapport à celui qui vient de New York ! »

Se repérer sans GPS

La dizaine d’élèves alterne une semaine de théorie (« code de la route » en mer, consignes de sécurité…) avec une autre de pratique, au cours de laquelle ils naviguent au large d’Aotearoa  – le « pays du long nuage blanc », nom maori de la Nouvelle-Zélande. L’équipage apprend à interpréter les signes naturels : la pluie qui arrive, les vents qui tournent… S’il y a un GPS à bord, c’est par mesure de sécurité ; dans la pratique, ce sont les étoiles qui servent à se repérer. Les apprentis participent aussi à la construction des pirogues, qui marient techniques anciennes et matériaux ultra-modernes (coques en fibre de verre, panneaux solaires, moteur qui fonctionne à l’huile de coprah en cas de panne de vent…). A la fin du deuxième mois, Aïlé passe un examen, qui lui donne la possibilité de rejoindre les équipages Okeanos. En tout, déjà une quinzaine de grandes pirogues de ce type sont disséminées dans tout le Pacifique et servent notamment au transport de gens et de marchandises, mais aussi d’activités touristiques ou de programme d’insertion.

Aïlé entouré de Peia Patai et du fondateur d’Okeanos, Dieter Paulmann

« Avec la mer, tu n’as pas le droit à l’erreur, c’est pour ça que la formation était un peu militaire parfois, sourit le jeune guide de retour sur le Caillou en attendant de nouveaux défis. Il faut beaucoup de discipline, de rigueur dans ce que tu fais. Il faut le faire vite et bien. Et puis notre vaka (= pirogue) d’entraînement nous servait aussi de maison. C’était important de ne pas abuser au moment des repas, parce qu’en mer il n’y a pas de magasin ! »

Pour soutenir le projet « Les Chemins de la Pirogue » auquel Aïlé et son équipe participent dans le cadre des Projets Outre-Mer, c’est jusqu’au 14 juin. Il faut aller voter par ici !