[Les étudiants mènent l’enquête] « Le parler jeune » c’est notre langue !

Elles sont quatre, étudiantes en 2ème année de Licence de Langues et Cultures Océaniennes (LCO) à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, et elles ont mené l’enquête à Montravel ! Leur thème ? Le « parler jeune ». Elles ont été à la rencontre de plusieurs jeunes d’un quartier caractérisé par une forte diversité culturelle, issus de plusieurs origines mais principalement des îles Loyauté.


Bien qu’il puisse paraître vulgaire, pour eux c’est une marque d’identité. Le parler jeune est un phénomène qui est répandu partout, notamment dans les quartiers. Le français, comme toutes les langues vivantes, évolue en permanence. Cependant l’usage d’expressions et d’abréviations change en fonction de plusieurs critères : le lieu d’habitation, la situation sociale, l’âge et l’origine des locuteurs.

Un groupe d’amis qui ont grandi ensemble à Montravel ont fait part de leur ressenti, concernant le quartier où ils vivent. Ils le définissent comme une tribu, où l’entraide est présente entre les familles. Par exemple lors du départ d’un des leurs vers la Métropole, les familles savent se réunir pour récolter de l’argent par le biais de ventes de tombola, de brochettes. Bien que tout le monde ne se connaisse pas, le respect et la bienveillance de chacun reste dans la mémoire des habitants. C’est une tribu qui veille au bien-être et à ce que chacun y trouve sa place.

Si le respect est présent dans le quartier de Montravel, il est vrai que ces jeunes emploient eux aussi un langage dit vulgaire, celui qu’on a l’habitude d’entendre au quotidien. Mais aussi sous la forme de jurons, maquillée par nos langues de la Grande-Terre et des îles Loyauté (« xaio », « baea », « taroj » pour en citer quelques-uns !). Ce langage est utilisé dans un cadre d’amusement, « de rigolade » comme disait un des jeunes de Montravel.

« Le parler jeune », un phénomène dit à la mode…

Kazel, 21 ans

Pour eux le « parler jeune », c’est moderniser le langage. Le langage évolue au quotidien, au gré des usages, des besoins et apports des autres civilisations et cultures du quartier. Des expressions et des abréviations naissent afin de faciliter les échanges, mais sont surtout destinées à créer un nouveau code de langage. Kazel Buama, Maréen habitant à Montravel, nous disait que chaque quartier avait sa façon de parler, par exemple dans tel quartier, il va utiliser « el gung » pour dire « le gang », à Montravel c’est plutôt « la bande ».

Le « parler-jeune » de Montravel n’est pas une variation dégradée du français comme on aurait peut-être tendance à le penser. Il relève plutôt d’un code identitaire de par ses nombreuses expressions, propre à un milieu et destiné à marquer sa différence et à se distinguer des autres quartiers. Pour ce jeune Maréen déjà cité, le langage évolue beaucoup plus par rapport au temps d’avant, « mais pour moi, dit-il, le parler-jeune c’est moderniser le français, c’est remodeler la langue à notre façon par rapport à l’an 2000 ».

 

Les étudiantes LCO2

(Angajoxue Laetitia, Enoka Cuna, Hnasson Marguerite,Togna Djémila)


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants sur la forme, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !