[Loin du Caillou] Zak ou le parkour sans faute !

Entre la breakdance, l’art du déplacement du parkour et les acrobaties propres au free-running, Zacharie Hnawang a trouvé un équilibre qui tient de l’exploit sportif ! En février, le jeune danseur a rejoint Lyon pour vivre sa passion comme un pro, dans une grande compagnie de hip-hop.


Dix-huit ans tout juste, mais une carrière aussi virevoltante que les multiples enchaînements de saltos et acrobaties qu’il exécute ! En début d’année, Zacharie Hnawang a intégré le Pockemon Crew, compagnie de hip-hop la plus titrée au monde dans le circuit des battles. C’est Riyad Fghani en personne, directeur artistique de la compagnie venu plusieurs fois sur le Caillou pour organiser les versions locales du Battle of the Year, qui l’a repéré au fil de ses visites. C’est lui aussi qui s’est assuré de son accueil dans les meilleures conditions à Lyon, le QG des Pockemon.

Zacharie est ainsi devenu le benjamin du crew : « Riyad m’a dit : ‘N’oublie pas que quand tu as traversé le monde pour venir danser avec nous, tu n’étais pas majeur encore, tu étais tout petit ! Du coup, à nous de prendre bien soin de toi.’ C’était un rêve qui se réalisait pour moi, et en même temps ça m’a mis en confiance. »

En 2015, avec sept autres jeunes danseurs, Zak était d’ailleurs parti une première fois en Métropole, pour la finale du BOTY à Montpellier ; l’année suivante c’est à Sydney en Australie, lors du Destructive Steps qu’il se frotte au gratin de la région Pacifique !

Des valeurs propres au parkour

Petit retour en arrière, pour prendre la mesure de son ascension rapide. Dès 2010, à tout juste dix ans, Zak fait ses premiers pas de break avec le groupe Résurrection, à Nouméa, passion dévorante qui ne le quittera plus. En 2013, il intègre les Yamak Pacifique et devient l’élève de Kito (Christopher Hnautra, petit frère de Yann qui appartient à la 1ère génération des Yamakasi parisiens). Il apprend la pratique mais surtout les valeurs propres à la discipline du parkour : entraide, partage, humilité… Des valeurs que Zak n’a jamais abandonnées et qui lui confèrent une maturité étonnante.

En 2015, l’adolescent aux origines drehu qui a grandi dans le quartier de Rivière-Salée, devient le nouveau leader de la troupe*, même s’il aime à rappeler que la Wolfamily – tout nouveau nom des Yamak Pacifique – privilégie le consensus entre membres pour toutes les prises de décision. Une nouvelle orientation est prise, avec la volonté de mélanger breakdance et parkour. « Notre priorité, précise Zak, c’est de faire entrer dans le groupe des personnes qui ont des difficultés familiales ou qui ont arrêté l’école, afin qu’elles donnent des cours et participent aux spectacles. Ça leur permet de leur redonner une bonne image d’elles-mêmes et de leur faire des sous, tout en montrant aux gens qu’on peut changer. »

L’envie de pratiquer sa passion, plus forte que tout, progresse jusqu’au point de parfois sécher les cours du lycée… pour aller donner lui-même des cours de breakdance, les mercredis et vendredis ! En 2017, Zacharie a pris la décision délicate d’arrêter le lycée. « Dans mes 3 vœux pour aller en seconde, j’avais choisi des filières en lien avec le travail du bois. Quand je suis arrivé en seconde au lycée Pétro-Atiti, j’ai attrapé une allergie à la poussière de bois… Tous mes vœux sont partis en poussière, c’est le cas de le dire ! Je trouve qu’il n’y a pas de hasard. » Mais la passion, lorsqu’elle est aussi exigeante, donne aussi le sens des responsabilités. « Quand ils ont appris que je séchais les cours, mes parents ont été déçus, se souvient Zak. Mais ils avaient confiance en moi et je leur disais que si j’arrêtais l’école, je n’avais pas le choix : il fallait que je me donne à fond dans la danse, c’était le seul moyen de m’en sortir. Quand j’ai été appelé pour partir en France, ma mère a alors compris que c’était quelque chose de vraiment bien. »

Contests et entraînements

En Europe, en plus de s’entraîner au quotidien avec la trentaine de danseurs des Pockemon, Zacharie participe, dans la catégorie parkour, en 2017 au FISE (Festival International des sports extrêmes) à Montpellier où il finit 4ème, puis en juin dernier à Marseille au Move On Mars où il remporte le 1er prix au Style Contest. « Au FISE aussi, j’étais le plus jeune. Tout le monde était connu, il y avait des mecs que je rêvais de voir comme Pasha the boss ou Dimitris DK… Et puis il y avait moi ! Ils ne me connaissaient pas : ‘qu’est-ce qu’il vient faire là, lui ?’ Du coup ils m’ont un peu sous-estimé au début… »

« Mes deux runs du Move on Mars, de la demi-finale puis de la finale ! »

Zacharie répète avec le Pockemon Crew pour un des spectacles de la compagnie : Silence, on tourne !, avec lequel il a déjà découvert Istanbul, en Turquie – « On a joué dans un théâtre magnifique, comme dans les films, avec les dorures et les sculptures de chevaux qui sortent des murs ! » – et la Macédoine.

A plus long terme, celui qui se définit autant comme un artiste que comme un athlète envisage de monter sa propre compagnie sur le Caillou, afin de perpétuer la pratique du breakdance et du parkour. « Comme je le dis aux plus jeunes, résume Zacharie, ça n’est pas une question de niveau et de devenir plus fort : dans le parkour c’est juste s’amuser. Si on commence à vouloir devenir plus fort que l’autre, il n’y a plus de kiff ni d’amour ! J’en suis là parce que j’aimais ce que je faisais… Je n’ai pas eu mon bac, mais grâce à l’envie d’évoluer et de danser j’ai pu partir. »

* Gérard Xozame, alias Bboy Gégé, vient d’être élu tout nouveau leader de Wolfamily !

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Mieux comprendre la différence entre parkour et free-running.

La page Facebook de la Wolfamily, qui propose également des cours de parkour via sa Wolf Academy à Dumbéa, et celle de Pockemon Crew.