[Les étudiants mènent l’enquête] Des tours de paroles à Magenta

Six enquêtrices de choc se sont mêlées aux résidents de Magenta Tours, pour recueillir leurs opinions sur le « parler jeune » dans le quartier… Petite mosaïque des réponses recueillies !


Le « parler jeune » est une pratique langagière à part entière. Elle naît dans une conversation partagée par un groupe de personnes qui cryptent et décryptent les informations, en fonction de pôles d’influences autour d’eux, que ce soient les médias, les cultures et traditions. Cette pratique revêt plusieurs formes, elle s’observe sur les murs, elle est exprimée par des gestes, des sifflements. « Parler jeune » c’est être dans la création, un renouvellement continuel du glossaire d’expressions quotidiennes, une manière de s’exprimer. Mais qu’en pense le grand public ? Témoignages de quelques habitués de la cité de Magenta-Tours !

« Le jeune se venge de la société »

Neudjen Wandawa, 81 ans, évoque la contribution de l’éducation dans ce langage : « Le calendrier est tellement chargé par l’Éducation. On ne pense qu’à faire avancer le jeune tête baissée. Lorsque le jeune fait ses études et qu’il échoue, il se venge de la société. L’enfant va tôt à l’école et rentre tard à la maison, les parents travaillent alors quand est-ce qu’ils peuvent échanger ? On ne va pas tout mettre sur le dos de l’éducation puisqu’il y a des parents qui négligent l’éducation de leurs enfants. Il manque du respect dans la façon de parler, quand ils s’adressent aux générations au-dessus d’eux et même quand les jeunes sont entre eux. Il y a aussi des parents qui reprennent ‘le parler jeune’. C’est une façon de se mettre à la page et de se rapprocher de la jeunesse. Je ne parle pas ce langage-là, je parle le langage sérieux ! »

« C’est un code qui évolue très vite »

Mathieu Le Barbier, 33 ans :

« Pour moi, c’est un code en perpétuelle évolution qui se régénère de génération en génération. C’est un langage qui est propre à notre pays. Il est riche par son mélange culturel et linguistique qui rassemble. Le parler d’hier ne ressemble plus à celui d’aujourd’hui et encore moins à celui de demain. S’il arrive un moment où l’on ne comprend plus les jeunes c’est certainement que nous avons pris de l’âge ! Donc forcément aujourd’hui pour pouvoir comprendre nos jeunes il est, je pense, important que l’on s’adapte. Il y a une forme de transmission, mais du plus jeune au plus ancien. »

 

« Je suis dépassée, je me fais vieille ! »

Adrianne, 22 ans : « Côtoyer des adolescents régulièrement, c’est être confronté à une mentalité ‘neuve’, aux nouveautés langagières et souvent on peut être plus que dépassé par ces nouvelles acquisitions. Et le décalage générationnel se fait ressentir. Le milieu et l’entourage influencent notre manière de parler, et le verlan, la langue des ‘G’ se sont fait dépasser par l’instinct créateur. »

« Le parler jeune est un code entre jeunes qui leur est propre »

Nelly, 40 ans : « On entend bien souvent dans la façon de parler des jeunes des mots, expressions vulgaires, qui peuvent être mal perçus de l’extérieur, mais eux le voient plus comme un jeu. Ils se parlent beaucoup en code pour s’identifier et se reconnaitre. Pour moi, le parler jeune est un code entre jeunes qui leur est propre. Les tags, les graffiti sont aussi une forme de parler jeune. »

 

 

(Wanaxaeng Flore, Bulekon Helena, Fue Moeaki, Siapo Anastasia, Deuko Diane, Bourjade Coleen)


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !