Sylvain Bova, un athlète qui inspire

Aux derniers championnats d’Europe d’athlétisme handisport, les sportifs Cagous ont ramené une moisson de médailles ! Parmi eux Sylvain Bova, coureur non-voyant qui a décroché, avec son guide Germain, l’argent sur le 200 mètres. Retour sur un parcours exemplaire de volonté.


L’action se passe en 2013. « Je faisais mes gammes tout seul au stade Numa-Daly, avec un poste de radio que je positionnais à 30 mètres de moi, qui m’aidait à me déplacer et me donnait l’heure. Je faisais des montées de genoux, quand José Marques [entraîneur, devenu cette année le président de la ligue Handisport] m’a vu, et m’a demandé ce que je faisais là. Je lui ai répondu que je m’entraînais. Il était étonné : mais tu t’entraînes avec qui ? Où est ton guide, ton coach ? Je lui ai dit que je m’entraînais tout seul… »

A 32 ans, Sylvain Bova, médaillé d’argent aux championnats d’Europe d’athlétisme handisport en août à Berlin, mesure le chemin parcouru en si peu de temps. Né avec un important défaut de vision, Sylvain a dû porter des lunettes adaptées dès l’âge de six ans. Grâce à sa persévérance, il obtient un diplôme de CAP électricien et commence à exercer le métier… Avant que sa vue ne décline au milieu des années 2000, moment où le jeune homme originaire de Touho passe du statut de mal- à non-voyant. « Ce fut un énorme creux de la vague, se souvient-il. Je me suis retrouvé à me plaindre pour un oui ou un non, à rester enfermé à la tribu… C’est alors que je me suis dit qu’avec le sport, je découvrirais peut-être autre chose, qui m’aiderait à combattre mon handicap. »

Un binôme gagnant !

Après s’être essayé aux disciplines du lancer puis du saut en longueur, Sylvain opte pour la course. Pari gagnant pour celui qui sera dorénavant coaché par José Marques, et accompagné d’un guide comme le prévoit la catégorie T11. En 2015, Sylvain rencontre Germain Haewegene et Ulric Buama, avec qui il court désormais. Les deux athlètes (le premier venait à l’origine du triple saut, le second a une prédisposition pour le sprint) appartiennent au « vivier » des jeunes sportifs de Jules-Garnier, qui empilent depuis des années titres de champions de France UNSS et excellentes prestations lors des compétitions internationales !

A l’entraînement, avec José (à gauche) et Ulric (à droite)

Avec Sylvain, ils s’entraînent régulièrement, entre trois à cinq fois par semaine. Et les résultats suivent : titres aux Jeux et Mini-jeux du Pacifique, médailles aux championnats de France.

D’autant que Germain, 22 ans, cumule les casquettes de guide pour Sylvain, de coureur « en solo », de numéro 9 pour le club de foot de l’AS Wetr, de libero du club de volley de l’Olympique de Nouméa, et de service civique pour la ligue handisport ! « Sylvain, maintenant c’est mon grand frère, avance Germain. On a vécu des moments parfois difficiles comme la non-qualification à quelques dixièmes de secondes pour des compétitions internationales, ça nous a soudés… » Sur la distance du 400 mètres à Berlin, le binôme a été disqualifié à cause d’un retard de… 27 secondes en chambre d’appel (là où l’on fait valider le dossard, l’équipement sportif et le lien qui réunit les deux coureurs avant le grand départ) ! « Là-bas l’heure c’est l’heure, sourit Sylvain. Mais ça s’appelle l’expérience. C’est en faisant des erreurs qu’on apprend, la prochaine fois on ne fera pas la même ! »

Et si « la prochaine fois », c’était pour une compétition plus importante encore ? « On espère vraiment se qualifier pour les championnats du Monde l’année prochaine à Dubaï, formule Germain, parce que là on va côtoyer des personnes hors du commun, se confronter aux champions. Le plus beau rêve, ce serait les Jeux Olympiques à Tokyo en 2020… » Qui sait jusqu’où ces deux-là sont capables d’aller ?