[On en parle sans tabou] « Changeons de regard sur les ados transgenres ! »

L’identité transgenre peut apparaître très tôt dans l’enfance et se confirmer à l’adolescence. Comment les adolescents transgenres vivent-ils cette période de transformation ? Comment cela est perçu par l’entourage familial ? Déborah Tutonu, étudiante en master 2 Etudes océaniennes et pacifiques, s’intéresse au sujet dans son mémoire et nous explique sa démarche.


L’adolescence est synonyme de chamboulement physique et psychologique. Et cerise sur le gâteau, c’est à ce moment-là que l’attirance pour le sexe opposé ou pour le même sexe, voire les deux, se manifeste.

Mais la donne se complique lorsqu’on prend conscience que la nature n’a pas bien fait son boulot car on se trouve « prisonnier » dans un corps qui n’est pas en adéquation avec la personne que l’on est à l’intérieur. Les personnes transgenres sont bien souvent victimes de discrimination, de la part de leur famille et de la société en général. Afin de comprendre qui sont ces ados transgenres et ce qu’ils vivent, et peut-être contribuer à changer le regard, Déborah Totunu, a choisi d’aborder cette question dans son mémoire de master en Etudes océaniennes et pacifiques.

Le Prix de l’originalité pour « Mon master en 180 secondes » !

Comment aborder le sujet sans paraître maladroit ? Pour cela, Déborah a choisi de se mettre en scène lors de la présentation de son sujet de master en 180 secondes. Habillée en garçon, elle se déleste au fur et à mesure de la saynète de ses attributs masculins. « Avant j’avais une barbe, une voix grave, des slips  et j’urinais debout, j’avais un zizi… Mais ça, c’était avant ! » Elle poursuit jusqu’à sa transformation complète en fille. « Aujourd’hui, je suis une femme et je m’appelle Allison. »  Une présentation qui a séduit à l’unanimité le jury et le public et décroche le prix de l’originalité.

Pourquoi ce sujet ?

Première poupée transgenre inspirée de Jazz Jennings, adolescente transgenre militante LGBT, devenue célèbre grâce à sa chaîne youtube.

« Il y a 13 ans, j’ai surpris mon petit cousin avec une de mes jupes, j’ai trouvé ça bizarre, raconte-t-elle. Puis en grandissant il a commencé à vraiment s’habiller comme une fille, à se mettre du vernis, se lisser les cheveux, se faire belle. » Plus tard, elle constate que les personnes transgenres ont du mal à s’intégrer. Pourquoi ? Pour le savoir, la jeune femme décide d’en faire son sujet de mémoire. « Je trouve intéressant d’observer à ce stade, la formation de l’identité transgenre. Mon champ d’investigation concerne les ados de 16-17 ans dans la communauté wallisienne. Il s’agit de comprendre comment elles se voient, comment elles se projettent et vivent le processus de transformation jusqu’au changement de sexe, ou pas d’ailleurs. »

 

La dysphorie de genre, une souffrance réelle

Les adolescents transgenres peuvent souffrir de la dysphorie de genre, c’est-à-dire un sentiment de décalage entre son sexe biologique et l’identité de genre vécue par la personne. Ce qui entraîne de la détresse, de l’anxiété, voire de la dépression. « Elles disent souvent, qu’elles se sont trompées de corps, » souligne Déborah.

Quel est le comportement type ?

Cela peut commencer très jeune, comme le témoigne Peyssa, animatrice radio transgenre. Les petits garçons préfèrent jouer avec des poupées, recherchent la compagnie des filles, s’habillent en fille et expriment le souhait qu’on les appelle par des prénoms de fille. A l’adolescence, cette tendance se confirme. « Les ados gardent malgré tout l’identité « garçon » au lycée, mais affirment de plus de plus leur identité transexuelle », précise Déborah.

La famille, « premier palier » vers l’acceptation

Le processus de coming out est source de tensions dans de nombreuses familles. Pourtant la bienveillance au sein du cercle familial, « est le premier pas vers l’acception, » insiste Déborah. C’est pourquoi, il est important que les parents soutiennent l’enfant et acceptent sa nouvelle identité transgenre. Une anecdote l’a particulièrement marquée : « Un jour mon cousin est rentré en pleurant du lycée car l’un de ses professeurs lui avait ordonné de ne plus assister à ses cours tant qu’il continuerait à s’habiller de cette manière,» se souvient Déborah.

Pour l’ado, la peine est souvent double : il subit d’une part l’absence de soutien de ses proches, d’autre part le rejet de la société.

Le mal-être peut parfois pousser à l’irréversible

« On ne se rend bien souvent pas compte de ce que ces personnes vivent, souligne Déborah. Elles sont constamment jugées sur leur apparence. » Les ados transgenres sont souvent victimes de transphobie. Elles subissent des insultes et sont parfois même brutalisées. Cette pression les amène parfois à l’irréversible. « Ma cousine transgenre s’est suicidée lorsqu’elle était au lycée. Cela m’a beaucoup marqué. »

Vers plus de tolérance

« Mon approche est avant tout anthropologique, précise Déborah. Je cherche à comprendre le problème d’intégration des personnes transgenres dans la société. » La jeune femme espère que son mémoire contribuera, même modestement, à impulser plus d’ouverture d’esprit et de tolérance vis-à-vis des personnes transgenres. « Elles s’intègrent moins facilement sur le plan professionnel. Pourtant elles doivent jouir des mêmes droits que tout le monde ! »