[QHH 2019] Le hip-hop peut-il transmettre le savoir ?

Assimilé à l’école de la rue, le hip-hop est désormais un mouvement culturel et artistique incontournable. Son influence est indéniable auprès des jeunes pour qui, il est parfois une référence, un repère, une façon de s’exprimer. Pour conclure cette Quinzaine du Hip Hop, les chercheurs ont décidé d’interroger ce mouvement en tant que passerelle didactique.


Le hip-hop s’invite à l’université, qui l’eut cru ? C’est pourtant, c’est ce qui s’est passé la semaine dernière à l’UNC : la rencontre improbable, entre le monde de la rue et celui de la recherche. Ce séminaire est né d’une initiative d’Elatiana Razafi, membre de l’équipe de recherche ERALO (url: https://eralo.unc.nc), en partenariat avec la province Sud.

Invités à s’exprimer sur le mouvement hip-hop et sur son rôle en tant que passerelle didactique, 4 artistes : Kuby, Pablö, Simane et Soufiane ont tenté de donner des pistes de réponse à travers leur rencontre avec cet univers et leur parcours personnel.

Le parcours de Kuby : de la banlieue de Marseille, à la découverte d’une passion et d’un sens à sa vie.

Du déclic au rêve !

« Ayant grandi à Aubagne, une banlieue de Marseille, j’ai découvert le hip-hop grâce à la musique avec IAM et son fameux titre ‘’Je danse le Mia’’ » commence Kuby, graffeur et rappeur. Cette découverte a bouleversé sa vie : « Le hip-hop m’a beaucoup appris. Il m’a transmis des valeurs telles que le respect et l’humilité. J’ai trouvé dans ce mouvement une véritable famille ». Et de poursuivre : « Dans la culture hip-hop, il n’y a pas de règles mais des codes, pas de hiérarchie mais le respect des grands frères qui parfois jouent le rôle de père de substitution. » C’est aussi au même moment qu’il découvre sa passion pour le graff et le rap. Ce qui lui ouvre le champ des possibles, lui qui ne sentait pas à sa place à l’école.

Il y a surtout un déclic. « Je n’aimais pas l’école. Il n’y avait rien qui me motivait et j’avais du mal à retenir mes leçons. Mais une prof de français au collège m’a transmis l’amour de la langue française. En classe, elle nous faisait étudier des textes de rap d’artistes comme MC Solaar. Ça me parlait davantage que les auteurs classiques. »

Pablö, rappeur et membre de l’association Dix Vers Cités ajoute : « Le tout est de trouver quelque chose qui nous intéresse ou nous passionne. En tant que médiateur à la médiathèque de Boulari, je demande souvent aux jeunes : c’est quoi ton rêve ? Car si l’on a un rêve, une envie, si petite soit-elle, c’est déjà un début pour trouver la motivation pour avancer. »

Le hip-hop calédonien dans la maturité

En Nouvelle-Calédonie, comme partout dans le monde, le hip-hop se nourrit des différentes cultures. C’est d’ailleurs le Thème développé lors de la causerie en 2016. « Le hip-hop local a une identité qui lui est propre, souligne Pablö. Il a explosé à partir des années 2002-2008. Et depuis 2009, on est arrivé à la maturité. »

Paradoxalement, c’est grâce au hip-hop, culture « internationale », que les danseurs de hip-hop en Calédonie se sont réappropriés la culture du pays. « C’est le crew Résurrection qui a commencé à faire le geste de la coutume à chaque événement où le hip-hop est à l’honneur. Et depuis, c’est quelque chose qui est entré dans les pratiques, du moins parmi les artistes du hip-hop. » Ce que confirme Simane, danseur, slameur et comédien : « Ma culture je ne l’ai pas apprise à Lifou mais grâce au hip-hop ! »

Pour Pablö, le hip-hop calédonien est bel et bien ancré dans la culture des jeunes.

Vecteur de transmission du savoir

Comme beaucoup d’artistes sur le Caillou, Soufiane Karim, chorégraphe et danseur-interprète de la compagnie Posuë-Fleur d’Orange, intervient auprès des scolaires. Si la transmission de son art est une partie de son travail qui lui tient à cœur, en revanche il porte un regard lucide sur son rôle. « Nous ne pouvons pas remplacer les institutions. La question qu’il faut se poser c’est : qu’est-ce qui fait que les jeunes ont du mal à s’intégrer dans le système scolaire ? L’école aussi devrait se remettre en question. » Kuby renchérit. « Ce n’est pas une question de capacité, car modestement à mon niveau, quand je leur apprends à graffer, implicitement je leur apprends aussi à être à l’heure en cours, à respecter certaines règles de savoir-être. Et on voit que ces jeunes dits « difficiles » s’intéressent et ont des idées ! »

Pour les 4 artistes présents, il est indéniable que le hip-hop est un vecteur de transmission du savoir. Mais comment peut-on l’utiliser sciemment ? Peut-être via la transversalité, suggère Soufiane. « Je suis surpris qu’en Calédonie, il n’y ait pas de cursus artistique à l’université. Cela permettrait de faire un pont entre l’univers de la recherche et celui des arts urbains. »

Soufiane enseigne que tout est mouvement et intrinsèquement lié.