Wendy et Soraya, masters of the master !

Tu as peut-être entendu parler de « Ma thèse en 180 secondes », un concours international qui se tient chaque année à l’Université ? Fin mai c’était la première de « Mon master en 180 secondes », réservé aux étudiants du parcours Etudes Océaniennes et du Pacifique de l’UNC. Tazar a rencontré les gagnantes !


Présenter en trois minutes top chrono leur sujet de mémoire, de façon vivante et convaincante. C’est le jeu auquel s’est prêtée la première promotion de ce master pluridisciplinaire, le 31 mai dernier, devant un jury composé d’une dizaine de membres de l’Université et de personnalités. Gagnantes du concours ex-aequo : Wendy Sowikromo et Soraya Tafili Iva !

Sur quoi portent vos sujets de mémoires ?

Wendy : Je m’intéresse aux aménagements et équipements en milieu urbain, pour les personnes en situation de handicap. En géographie on parle d’« étude systémique », à la fois sur les acteurs, les composantes, les actions de l’environnement, les rétroactions avec les personnes. Je tente d’intégrer le point de vue des différents acteurs et de me demander comment les personnes font au quotidien. Pour avoir leur perception, il faut par exemple que je fasse des parcours dans la ville. Ainsi l’année dernière, j’ai accompagné une personne en fauteuil roulant dans son quartier. Elle est obligée d’aller sur la route, il y a très peu de trottoirs adaptés, ou alors mal adaptés. Ce sujet concerne donc le handicap, mais il intègre aussi la mobilité réduite des personnes âgées, en perte d’autonomie, des femmes enceintes, des utilisateurs de poussettes…

Soraya : J’étudie en linguistique l’expression de la comparaison en futunien. On emploie des petits mots qu’on appelle les directionnels, et ces petits éléments rendent la langue vraiment riche ! On utilise les directionnels à la fois pour se situer dans l’espace, pour l’énonciation et comme motif de comparaison. Par exemple si en français je dis « Jean est plus grand que Paul », en futunien ça donne « E lasi ake a Soane ia Paulo ». « Ake » est un directionnel qui signifie « vers le haut ». Ces petits mots-là, avant je ne les prenais pas en compte parce que je pensais qu’ils étaient anodins ! Or j’ai été encouragée par ma directrice de recherche à les identifier et les mettre en valeur, comme ils n’ont pas encore été étudiés de manière approfondie.

Pourquoi vous êtes-vous lancées dans le défi de « Mon Master en 180 secondes », à l’oral devant un public… et un jury ?!

W. & S. : En fait ça comptait comme une évaluation ! L’idée était de nous faire sortir un peu de notre zone de confort. L’exercice nous donne un avant-goût de notre soutenance orale de fin d’année, en apprenant par exemple à répondre au jury quand il nous pose des questions. Et puis dans tous les métiers on est amenés à communiquer. Il ne faut surtout pas oublier de partager avec le public cette passion et ce plaisir qu’on a par rapport à nos travaux. Si on arrive à être convaincants, c’est qu’on sait où on en est dans notre recherche !

 

Au moment de la remise des prix le 31 mai…

Comment voyez-vous votre avenir professionnel ?

Wendy : Je ne voudrais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais j’ai déjà une proposition de travail pour l’année prochaine ! Après, c’est vrai que globalement c’est compliqué de trouver pour la suite. Notre master est pluridisciplinaire, ce qui nous permet de toucher à plein de choses, mais peut-être moins de nous « vendre » comme des spécialistes sur tel ou tel sujet. C’est là que l’on voit l’intérêt de capitaliser sur son mémoire, c’est ce qui m’a ouvert des portes.

Soraya : Lorsque je suis partie pour des études en Métropole en 2014, à l’INALCO, j’avais déjà une proposition de poste. Comme j’étais la première de Wallis-et-Futuna à faire des études en langues et cultures océaniennes, on m’avait offert de rejoindre l’Académie des langues là-bas. Mais je ne voulais pas rentrer et travailler, avec le risque que plus tard quelqu’un de plus qualifié que moi ne prenne ma place ! J’ai donc voulu finir mon parcours, avec l’objectif de rentrer. A côté du travail je pense même à poursuivre en thèse, depuis Wallis-et-Futuna.

On dit que les sciences dites « exactes » offrent plus de débouchés, sont plus « pratiques ». Quel est l’intérêt d’étudier les sciences humaines et sociales ?

W & S : De manière générale on nous répète souvent que, si tu veux poursuivre, c’est plus compliqué pour les subventions au niveau des doctorats en sciences humaines et sociales, comparativement aux sciences naturelles et autres… Nos sciences sont en partie invisibles. Elles sont pourtant très en lien avec les problématiques actuelles de la société, et liées à la diversité des réalités humaines !