Du street-art contre les clichés !

Un portrait XXL accompagné d’une phrase choc trahissant un préjugé sur la façon de parler ou l’apparence physique… C’est la recette d’une campagne d’affichage urbain menée mercredi par des étudiants en sciences humaines de l’UNC, et qui vise à bouger les consciences !


« Tu parles bien français pour un Kanak qui a grandi dans les îles Loyauté » ; « Tu fais trop la fille qui phrase » ; « Tu réponds vraiment au stéréotype du Calédonien dans ta façon de parler »… Autant de ‘petites réflexions’ captées au fil des conversations, qui pourraient faire écho chez beaucoup d’entre nous et s’affichent ces derniers jours sur les murs de Nouméa. Mais qui est derrière cette curieuse opération de relooking des murs de la capitale ? Des étudiants en deuxième et troisième année de licence à l’UNC !

« Je trouve que le concept d’associer la phrase sur une pancarte avec notre visage est super bien, parce qu’il permet une proximité, une identification avec la personne qui regarde, commente Coleen, 19 ans, étudiante en Langues et Cultures océaniennes (LCO). On dit souvent des phrases qui peuvent blesser, même si ce n’est pas l’intention de départ : on se taquine, mais on ne sait pas l’impact que ça peut avoir dans la vie de celui qui les subit. On ne connaît pas forcément son passé ou ses origines… »

Cette opération a été impulsée par Elatiana Razafi, maîtresse de conférence en sociolinguistique, et son collègue Fabrice Wacalie, enseignant-chercheur en linguistique océanienne. « Même si nous avons travaillé avec un groupe d’étudiants, nous pensons que tous les jeunes Calédoniens peuvent être victimes de ces micro-agressions. A chaque remarque sur l’accent d’une personne par exemple, c’est une part de son identité que l’on touche. Nous avons voulu renverser les effets néfastes, psychologiques, qui peuvent freiner les élèves. »

La démarche permet donc d’afficher au grand jour des souvenirs de remarques désagréables « encaissées » par les étudiants. Lors de la campagne d’affichage mercredi après-midi – vous avez peut-être aperçu quelques-unes des affiches dans les environs du Rex, ou à la FOL – les passants s’arrêtaient et réagissaient directement aux messages affichés. Sur le passage à l’acte artistique, les étudiants ont bénéficié du soutien des graffeurs Sham et PaBlö.

« Il est important de diffuser le fait que tous les langages et langues se valent, et que ce qui est beau c’est toute cette diversité, plaide Maelys, étudiante de 24 ans en Lettres Modernes. Si ça peut décomplexer toutes les personnes qui pensent qu’elles ne parlent pas le bon français, ou qu’elles le parlent mal… Il y a toujours une richesse dans la façon de parler propre à chacun ! »


A partir de la semaine prochaine, retrouvez une série d’articles écrits par les étudiants en 2ème année de LCO et de Lettres Modernes, sur la thématique du « parler jeune » ! Des enquêtes menées dans le cadre d’un projet pédagogique sur le Grand Nouméa et en partenariat avec le Tazar.