Anne-Lise connaît le langage des plantes

Anne-Lise Yentao est malentendante depuis la naissance. Une raison pour ne rien faire ? Sûrement pas ! Engagée à la pépinière provinciale, elle apprend à produire des arbres fruitiers, et son handicap ne l’empêche pas de communiquer avec ses collègues et de connaître le langage des plantes.


C’est tout sourire qu’Anne-Lise nous accueille en cette matinée ensoleillée à la pépinière de Port Laguerre. Brian, son copain, nous rejoint pour traduire en langue des signes ce que nous nous disons. Un peu plus loin, son employeur et ses collègues nous saluent. « Ils sont super gentils avec moi, sourit Anne Lise.  Ils ont toujours le sourire et m’aident à apprendre le travail. Et ils sont motivés pour apprendre la langue des signes pour communiquer avec moi ! ».

Mais le monde du travail n’a pas toujours été rose pour la jeune fille de 24 ans. Après avoir obtenu un CAP carrelage mosaïque au Lycée Petro-Attiti, elle travaille dans une entreprise, où, parce qu’elle a du mal à communiquer, on en profite pour lui donner beaucoup de travail. « Mais il faut dire que par mon caractère, j’ai aussi du mal à dire non », confie la jeune fille. Ensuite, elle se lance dans un CAP Agricole production horticole à Saint-Louis, où elle trouve enfin sa voie. « Pour communique, j’utilise des mimes simples et j’arrive à comprendre les gens en lisant sur leurs lèvres. Et puis je m’adapte aux signes que les gens me font et je comprends bien, surtout si ils y mettent de l’intention, » explique Anne-Lise.

On est autant capables que les autres !

Après avoir été à l’école primaire dans une classe d’ « entendants », la jeune fille, originaire de Hienghène, intègre une classe spécialisée pour les malentendants dans un collège de Nouméa. Pour la suite (lycée et CAP), elle bénéficie de l’accompagnement d’une personne qui lui traduit les cours en langue des signes.

Maintenant qu’elle est engagée à la pépinière provinciale, c’est une carrière « normale » qui s’ouvre à elle. « Ici elle va apprendre beaucoup de choses techniques et va être formée en respectant les bonnes pratiques agricoles, indique Manuele Tufele, son responsable. Je l’ai choisie parce qu’elle a su me convaincre durant l’entretien, c’était la candidate la plus apte, avec un profil qui correspondait parfaitement au poste. En sortant d’ici elle sera au top et pourra travailler où elle veut ! »

Un conseil d’Anne-Lise pour d’autres jeunes porteurs de handicap qui ont envie de se lancer dans le monde du travail ? « Il faut y aller ! Ne pas avoir peur, ne pas rester dans son coin… Le travail c’est facile, mais si on veut profiter de nous il ne faut pas se laisser faire, il faut s’imposer parce qu’il n’y a aucune raison à cela,  on est autant capables que les autres ! »