[Les étudiants mènent l’enquête] Des gestes qui en disent long !

Le non-verbal ? C’est la transmission d’information autrement que par le langage. Par le corps, les expressions faciales, les émotions, la posture, le contact visuel, les gestes et les signes… Ces éléments représentent en moyenne 93 % du dialogue dans une situation d’échange.


 « Les gens n’ont pas besoin de savoir de quoi on parle » : voilà ce que nous a répondu Marc, 21 ans, qui réside dans le quartier de Tuband depuis quelques années. Il explique que la jeunesse utilise une communication gestuelle afin de ne pas se faire remarquer, et se crée alors un code de correspondance. Les différentes réponses à la question « Pourquoi utiliser des gestes entre vous ? »  le confirment : « pour ne pas qu’on nous comprenne », « pour pas qu’on nous démasque » (rapport à la police), « parler c’est cafter », « se mêler »…

Les jeunes utilisent ce langage non seulement pour se démarquer, mais aussi comme un marqueur identitaire, afin de se donner un visage qu’ils n’avaient jamais eu ou qu’on leur a enlevé. Mais c’est également pour eux une façon de se cacher, de s’enfermer dans une bulle qui leur est propre.

Marqueur identitaire : se démarquer et s’affirmer

Autour de nous de nombreux gestes sont réalisés pour communiquer, auquel on ne fait pas réellement attention. Afin de comprendre l’intérêt que portent ces jeunes sur ces correspondances d’un type particulier dans le quartier de Tuband, nous avons réalisé une enquête sur l’usage de la communication non-verbale. A plusieurs reprises nous nous sommes rendus à Tuband pour observer le fonctionnement gestuel des jeunes, mais aussi pour les interviewer afin de connaître leurs points de vue et leur ressenti. C’est un véritable moyen pour eux de se démarquer de la société et donc de s’approprier une identité. Il était aussi intéressant de se rapprocher des personnes plus âgées afin de connaître leur état d’esprit sur la jeunesse. Christiane, surveillante à l’école primaire de Tuband, nous a confié qu’elle était « dépassée par cette jeunesse, qu’elle ne comprenait plus rien à ce qu’étaient devenus ces jeunes ».

Selon l’auteur théoricien Peter Drucker (qui est aussi à l’origine de nombreux concepts utilisés dans le monde de l’entreprise, comme l’esprit d’entreprise et l’innovation systématique), « la chose la plus importance en communication c’est d’entendre ce que l’autre ne dit pas »… La communication non-verbale est bel et bien présente dans toutes les sociétés, notamment en Nouvelle-Calédonie. Elle remplit des fonctions communicatives grâce aux gestes et aux sifflements. Mais elle exerce également le rôle de marqueur identitaire pour les jeunes. Afin d’expliquer cela, Nolwhene 18 ans de passage sur Tuband nous a accordé du temps pour une interview filmée. L’occasion de vérifier la variété des significations que peuvent prendre les sifflements selon les contextes : un sifflement musical pour attirer l’attention d’une personne ; un sifflement aspiré continu pour appeler ses copains ; ou alors un sifflement continu et intense pour prévenir de l’arrivée des « flics »…

(Jacquier Stéphanie, Vergoz Kimberley)


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants sur la forme, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !