Clara-France : de Lapérouse à l’ENS Lyon

1364 candidats présents aux épreuves, pour 37 admis : c’est le verdict 2019 du redoutable concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, dans la série Sciences humaines. Parmi les happy few, la Nouméenne Clara-France Valet, 21 ans !


Pour être admise à l’ENS de Lyon, Clara-France a commencé par deux années en Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles (CPGE) du lycée Lapérouse : d’abord hypokhâgne puis khâgne. L’histoire, sa spécialité, était au menu, tout comme la géo, la philo, le français, l’anglais… A sa première tentative au concours en 2018, Clara-France rate de peu le coche. Mais la jeune femme ne se décourage pas, et choisit pour « khuber » (« redoubler » dans le jargon, sauf que le programme change chaque année) de tenter cette fois une classe préparatoire en Métropole : ce sera au sein du lycée Chateaubriand, à Rennes en Bretagne. Cette deuxième fois est la bonne : au bout du marathon d’épreuves écrites puis orales, elle est admise à l’ENS de Lyon en option Histoire !

Avant sa rentrée prévue le 2 septembre, la jeune femme de 21 ans a profité de vacances sur son Caillou natal pour rencontrer les étudiants actuels en CPGE au lycée Lapérouse. Ces derniers se préparent pour intégrer l’ENS ou une des autres Grandes Ecoles. La jeune Normalienne a répondu jeudi dernier à leurs interrogations – tout comme celles des professeurs – sur l’adaptation, le stress, la fatigue… Le Tazar en a profité pour l’interviewer !

Qu’ont représenté ces trois dernières années pour toi ?

Je pense que la plupart des gens vont en prépa littéraire au début parce qu’ils aiment toutes les matières littéraires. Lors de ma deuxième année ici en Calédonie, ma prof de spécialité histoire m’avait dit : ‘je pense que tu peux être admissible et aller aux oraux’. Finalement je n’y suis pas allée, mais le fait qu’elle me dise ça m’a permis de prendre confiance en moi. Je me suis dit que je n’étais pas passée loin des oraux, alors autant khuber ! Même si j’ai eu des doutes pendant des périodes difficiles où il y avait beaucoup de travail, mon nouveau professeur de spécialité histoire à Rennes m’encourageait aussi. Du coup ça me faisait tenir… Heureusement que ces profs étaient là, parce que sinon je n’en serais pas là !

Pourquoi le choix d’aller à Rennes pour la 3ème année ?

Je me suis dit que tant qu’à khuber, autant changer d’air ! C’était la première fois que j’allais en France. J’avais envoyé ma candidature à plusieurs prépas différentes, y compris certaines pas très bien cotées, je ne savais pas vraiment me situer. Finalement, c’est Chateaubriand, une très bonne prépa qui m’a acceptée. Là encore, ça m’a encouragée.

Que représente pour toi le fait de revenir à Nouméa pour échanger autour de ton parcours ?

Je voulais faire passer comme message que ce n’est pas parce qu’on vient de Calédonie qu’il faut se sous-estimer. Même si les profs me disaient ‘tu peux réussir l’ENS’, ce n’était pas vraiment concret pour moi. A Rennes, j’ai été la première en anglais toute l’année, et même en latin ! Ça n’était pas une évidence, quand tu viens du Pacifique. Mais il ne faut pas avoir de complexes : on n’est pas forcément moins forts !

Tu t’es passionnée pour l’Histoire jusqu’à en faire ta spécialité. D’où t’es venue cette passion ?

Quand j’étais petite, je voulais être égyptologue ! En fait ça me tente toujours cette idée, mais là j’ai envie d’étudier l’histoire de la colonisation en Nouvelle-Calédonie pour commencer.

Je pense que l’histoire est utile à partir du moment où on l’enseigne vraiment, à l’école, au collège, au lycée. Je pense qu’il est nécessaire de connaître le passé, surtout dans une société comme la nôtre en Nouvelle-Calédonie, qui est issue d’une histoire coloniale, avec encore des répercussions sur le présent. On ne peut comprendre vraiment le présent qu’en sachant ce qui l’a fait advenir.

Claire-France, en compagnie des élèves de CPGE version 2019 !

3 conseils tirés de l’expérience de Clara-France

« Avant les écrits, on a eu un peu plus d’une semaine de libre pour réviser. Je suis allée chez une copine pour qu’on révise toutes les deux en même temps. Parce qu’à chaque fois que je révisais toute seule chez moi, mon esprit partait ailleurs ! S’il y avait un truc qu’on ne comprenait pas, on se posait des questions. Je pense que c’est assez efficace de choisir un petit groupe avec lequel tu peux réviser. »

« Pour les oraux notamment, quand les profs donnent des méthodes, il faut les connaître à fond. A partir du moment où tu connais la méthode et que tu as bien révisé, tu réussis ton oral. Ce n’est pas forcément savoir apprendre tout par cœur. Parce que tu peux faire un oral où tu dis beaucoup de choses justes, mais si elles ne sont pas bien agencées, ça ne marche pas. »

« Il ne faut pas donner l’impression qu’on doute quand on passe à l’oral. Même si tu n’es pas tout à fait sûr de ce que tu es en train de dire, il faut le dire sereinement comme si on donnait un cours ! Il faut essayer de cacher son stress. »