5 conseils de pros pour réussir dans la musique

Qu’il paraît loin le temps des cassettes audios, et qu’ils sont rares ceux qui achètent encore des CD ! Face aux nouvelles habitudes d’écoute, avec l’avènement des smartphones et des enceintes bluethooth, le monde de la musique tente de s’organiser. Y compris en Calédonie ! Petit topo avec trois acteurs chevronnés de la scène locale.


– Alain Lecante, fondateur du studio de production Mangrove qui a contribué à l’essor du kaneka et produit des artistes de tout le Pacifique (Salomon, Vanuatu, Polynésie, Papouasie…).

– Xavier Vergès, directeur du Grand Casting, a notamment accompagné Gulaan à The Voice l’an dernier.

– Dominique Taine, l’un des leaders du groupe Gayulaz (originaire de la tribu de Nang à Lifou), avec 5 albums au compteur en 7 ans !

Le groupe Gayulaz avec sa flèche de la musique obtenue pour leur avant-dernier album Je me rappelle (Domé à gauche)
  1. Sors un album… Comme « carte de visite », pas pour gagner de l’argent !

A.L. : Le disque représente une aide à promouvoir la musique plus qu’à gagner de l’argent. C’est ce qui s’est passé pour Hyarison* : le premier album s’est très bien vendu, il s’est retrouvé à faire des concerts partout ! Après c’est « boule de neige », si tu tournes beaucoup tu continues à vendre des albums, on parle de toi, tu passes en radio…

X.V. : Aujourd’hui, sortir un album est intéressant pour ceux qui ont un réseau de ventes, ou qui font beaucoup de concerts. Sinon ce n’est pas la peine. Pour des nouveaux artistes, ou même des confirmés, il y a le format EP qui fonctionne de mieux en mieux**, parce qu’on réduit les coûts de production. En tant que producteur, si je signais un nouvel artiste, je ferais un « edit radio », un clip, mais pas de CD tout de suite.

D.T. : Quand Gayulaz a commencé, il y a 7 ans, on dépassait facilement les 1 000 albums vendus ; aujourd’hui on est plus vers les 500. Les voitures n’ont plus de lecteurs CD, mais des supports USB ; les téléphones servent à écouter la musique… La vente des CD a largement chuté au profit du numérique, les règles du jeu évoluent, c’est à nous de nous adapter ! C’est clairement une mutation des usages. Ce qui symbolise cette révolution, c’est l’essor du streaming. On écoute sa musique en flux, comme un système de location quelque part. Ce ne sont pas seulement les jeunes, ça touche maintenant toutes les catégories de la population.

La musique ici, c’est une passion, on ne s’enrichit pas avec. Le plus important, c’est de rentrer dans nos frais et de payer le studio. Il faut savoir qu’un CD en autoproduction coûte environ 1 million de francs pour un tirage à 800 exemplaires.

  1. Fais un maximum de concerts !

Xavier Vergès

X.V. : Un artiste calédonien doit s’accrocher à ses droits : les droits de diffusion, soit en radio soit en TV ; et puis ses droits de représentation. Quand les artistes font des concerts, c’est important qu’ils remplissent leur déclaration auprès de la SACENC pour toucher ces droits ! Les artistes ont tendance à jouer beaucoup de reprises dans les bars et restaus, il faut toujours placer quelques compositions pour toucher tous les droits. Et surtout, faire signer les fiches de déclaration à l’établissement qui accueille le concert.

  1. Peaufine ton clip pour gagner du clic !

D.T. : En général, on réalise nos clips quelques mois après la sortie de l’album, pour donner un regain d’activité et de visibilité au groupe. On peut alors espérer des retombées en ventes d’albums, en droits distribués par la SACENC, et ça permet aussi de donner un visage à notre musique.

A.L. : Le clip permet d’entretenir la popularité. S’il passe bien à la télé, il amène des droits et peut inciter les spectateurs à aller en écouter plus sur le net !

  1. Gère les réseaux sociaux et les plateformes numériques

D.T. : Aujourd’hui c’est crucial d’être bien référencé sur les plateformes et les réseaux sociaux, d’être un bon « community manager ». Pour « se vendre », il faut maîtriser la communication, le marketing, il faut être stratégique et avoir une culture du numérique.

Alain Lecante

A.L. : La page Facebook fonctionne comme une vitrine, qui dirige ensuite l’internaute vers Youtube et les plateformes d’écoute et de téléchargement comme Deezer ou Spotify. Par exemple pour Mangrove, sur le mois d’août, il y a eu environ 174 000 écoutes sur Internet ; 195 titres et 11 albums téléchargés. Internet apporte aussi des phénomènes étonnants : les albums du groupe polynésien Toa’ Ura sont très écoutés au Japon et au Mexique parce qu’il y a de nombreuses écoles de danse polynésienne là-bas ! Au Brésil, des groupes des îles Salomon cartonnent !

  1. Tente le télé-crochet !

X.V. : J’encourage tous les artistes, même ceux qui dénigreraient ce genre de programme, à essayer. Tout le monde peut le faire : Gulaan est un artiste, il ne fait pas du tout du commercial et s’est retrouvé sur un tel programme. Il a eu l’intelligence de se lancer, d’y croire, et d’avoir confiance dans le fait qu’on ne dénaturerait pas son propos. Les gens ont vu Gulaan, ils n’ont pas vu autre chose. Et aujourd’hui on est en train de négocier avec un gros label. Parce que The Voice n’est pas une finalité : Gulaan n’y a pas participé forcément pour gagner, mais pour avoir une vitrine nationale, et après internationale. De toute façon c’est le public qui décide. Il faut être connecté avec lui !

Si le sujet t’intéresse, voici un article intéressant histoire de poursuivre la réflexion !

* dont le clip du morceau Qui ? approche les 500.000 vues sur Youtube.

** un bon exemple avec la sortie récente du premier EP de Julia Paul