Peyssa, une femme tout simplement !

 « On ne naît pas femme, on le devient, » écrivait Simone de Beauvoir. Cette citation illustre à la perfection le combat de la vie de Peyssa.  Si aujourd’hui, à 30 ans, la jeune femme se sent épanouie et sereine, cela n’a pas toujours été le cas. Présidente de l’association Lotus Doré, elle se bat pour défendre la cause des transsexuels en Calédonie.


A sa naissance à Futuna, Amallyah Peyssa s’appelait Pesamino. « J’ai toujours été attirée par les trucs de filles, raconte-t-elle. Déjà toute petite, je me maquillais en cachette et j’essayais les chaussures à talons de mes sœurs. » Ses parents avaient bien tenté de la « recadrer » mais c’était peine perdue. « Ils pensaient que c’était un caprice. Ils me disaient : arrête ça ! » Son père l’a même mise au rugby pour étouffer cette féminité qu’il jugeait trop marquée.

Ses parents ainsi que ses sept frères et sœurs finissent par l’accepter. Mais à l’école, c’était une tout autre histoire. « Dans la cour de récré, on m’appelait petit pédé, » se souvient Peyssa. Et l’on sait combien les enfants peuvent être méchants entre eux. Elle subit moqueries et insultes homophobes. Elle entend encore leurs rires derrière son dos… Si elle tient bon, ces humiliations ont été plus difficiles à supporter à la mort de sa maman lorsqu’elle avait 9 ans.

 

Et la chenille se transforme en papillon…

A l’adolescence, les choses se précisent. « J’étais irrémédiablement attirée par les garçons ! » Mais le changement d’aspect se fait progressivement, « par respect pour ma famille, » avoue Peyssa. En 2007, elle se rend en Nouvelle-Calédonie pour passer l’épreuve sportive du concours de gardien de la paix, elle décide de s’y installer, ayant échoué l’examen. Deux ans plus tard, sa décision est prise de changer de sexe : « Je voulais que mon corps soit en accord avec mon esprit

« Sa libération » comme elle l’appelle, arrive avec le docteur Michel Lacour, chirurgien-urologue à la clinique Magnin. Peyssa nous montre avec fierté l’article des Nouvelles Calédoniennes datant de 2015 qu’elle a plastifié ! L’urologue y évoque pour la première fois un protocole permettant aux personnes souffrant « d’une anomalie du genre » de changer de sexe en Nouvelle-Calédonie. Cette opération, soumise à un examen psychiatrique, endocrinien et d’un suivi rigoureux, est remboursée 100 % par la Cafat. Sans hésiter, Payssa contacte le docteur et commence le protocole.

Peyssa se souvient de ce matin de janvier 2017. « Le cinquième jour après mon opération on m’a enlevé le bandage, j’étais très émue. Ce n’était plus un rêve mais une réalité : j’étais enfin une femme ! »

Peyssa avec les candidates de l’élection Miss Papillon 2018

Lutter contre les préjugés et l’homophobie

Aujourd’hui, Peyssa souhaite aider d’autres personnes dans le même cas et a créé l’association Lotus Doré : « L’objectif est d’informer sur le protocole de changement de sexe, dans les deux sens. Au-delà de ça, il s’agit de lutter contre les discriminations à l’égard des personnes transsexuelles et de défendre les droits de la communauté LGBT. »

Seule animatrice radio transsexuelle en Nouvelle-Calédonie, Peyssa déplore qu’à l’heure du vivre-ensemble, les préjugés ont la vie dure. Elle souhaite, à travers des événements comme l’élection de Miss Papillon en août prochain, inciter à plus d’ouverture d’esprit. « Nos différences forment notre alliance » souligne la jeune femme.