[Les étudiants mènent l’enquête] « Parler jeune » à Rivière-Salée : facteur de réussite ou d’échec scolaire ?

Un peu de « RAF », un zeste de « NS », une cuillérée de « Tal »… C’est ça le « Parler Jeune », des expressions abrégées que les jeunes ont inventées pour créer leur propre langage, parfois en mélangeant plusieurs influences. Rivière-Salée n’échappe pas à la règle. Quel est l’impact de ce parler au collège ?


Selon Neil Honakoko, professeur de physique-chimique au collège de Rivière-Salée, plusieurs facteurs importants nuisent à la réussite scolaire des élèves : l’urbanisation, la paupérisation*, l’insécurité… et le « parler jeune », qui a un impact inquiétant sur la réussite scolaire. Selon lui, les élèves « font des phrases de moins en moins complexes, les plus simples possibles, au point parfois de ne plus faire de phrase ». M. Honakoko pense également que le « langage SMS » a un effet néfaste sur la scolarité et la vie des jeunes, et que c’est un problème qui affecte toute la société.

Des problèmes de communication existent entre élèves et professeurs, dus au fait qu’ils ne sont pas « sur la même longueur d’onde ». Et ce problème est perceptible sur les copies des élèves : « On n’en est même pas aux soucis d’orthographe mais plutôt de syntaxe, de formulation de la phrase. On comprend ce que le jeune veut dire mais l’ordre des mots n’est pas bon, » affirme Emmanuelle Lefebvre, professeure de français. Elle ajoute qu’il existe différentes formes de langages employées par les élèves de façon abusive dans le cadre scolaire, un « langage ordurier » qui s’invite dans les salles de classes et dans les copies.

Larry, élève de 6ème, partage ce point de vue : « Les 3e disent des gros mots devant les 6e, qui disent à leur tour des gros mots, comme eux… » Les jeunes se sont appropriés des insultes qui sont devenues, pour eux, langage courant. Et souvent ce langage est accompagné de comportements. D’après Larry, des élèves veulent lâcher les études pour faire « comme les grands frères de 3ème », un phénomène qui affecte bon nombre de nouveaux arrivants.

Pour améliorer ce contexte, le collège de Rivière-Salée effectue plusieurs projets de médiatisation. Des activités extrascolaires visent à changer l’image de l’établissement et permettent aux jeunes de sortir du quartier en se sentant valorisés.

Bishop Wilson, Cawidrone Wabiengo, Haocas Samuel, Hoye Joseph, Kaloi Louise, Waxuie Léon

* Phénomène social par lequel des groupes sociaux se trouvent plongés dans une situation d’appauvrissement de plus en plus profond.


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !