Rayan, la force de la parole est avec lui !

« C’est comme si quelqu’un te jette des petits morceaux de Kinder Bueno pour te dire que tu es sur le bon chemin… » A 19 ans, Rayan rayonne ! Grâce à un art de la formule affûtée, le jeune homme originaire de Houaïlou a brillamment remporté le 1er prix du concours d’éloquence Rhétorica.


La journée du 25 juillet 2018 n’avait pourtant pas très bien commencé pour Rayan Karugue, élève de 1ère année en BTS électrotechnique au lycée Jules-Garnier. « Je suis étudiant la journée, mais je travaille le soir comme chauffeur-livreur pour une pizzeria, explique-t-il. La veille, pendant que je conduisais le scooter, je répétais mon discours… Ce soir-là je suis rentré chez moi vers 22h, après le travail. Le lendemain matin, j’ai eu des tas de galères ! Je me suis réveillé en sursaut, en retard, j’ai couru mais j’ai raté mon bus et mon cours de physique… Heureusement que le concours était l’après-midi ! »

Le concours en question, c’était Rhetorica Garnier. Le concept ? Des élèves issus de différentes classes de BTS avaient 5 minutes pour convaincre le jury sur un sujet imposé du type : « Le coup de foudre existe-t-il ? » « Pouvons-nous vivre sans TV ? » « Faut-il suivre la mode ? »…

Premiers pas dans l’art oratoire !

Pour Rayan, tout a commencé par un cours de Culture Générale et Expression : « Nos professeurs mesdames Pirounakis et Arnaud auraient pu se contenter de faire un cours basique sur l’éloquence. Mais elles ont pris les choses à cœur, se sont investies dans le projet en nous montrant le film documentaire A voix haute, puis en organisant le grand concours Rhétorica. Ça a changé des choses dans nos vies ! »

Ce documentaire retrace le parcours de jeunes originaires de Seine Saint-Denis en banlieue parisienne, qui se lancent dans le défi de participer au concours d’art oratoire Eloquentia. « Peu importe d’où ils viennent, ces jeunes peuvent apprendre à s’exprimer. Parce que l’éloquence ce n’est pas quelque chose qui est inné, c’est quelque chose qu’on apprend » souligne Rayan.

L’exposé de Rayan, qui plaide contre la cigarette, puise dans ses souvenirs de (bon) élève de lycéen en filière S et épate le jury. Il est sélectionné pour la finale, parmi 12 élèves. Deux semaines avant la date fatidique, il reçoit le thème sur lequel il doit impérativement broder et défendre un parti pris imposé : « Peut-on rire de tout ? », avec la consigne d’y répondre « Oui ». Un sujet taillé sur mesure pour le jeune homme.

Pour se préparer à cet exercice oratoire, les élèves bénéficient de l’accompagnement de « pros » de la parole en public : le comédien Stéphane Piochaud, l’animatrice télé et radio Janice, ou même une avocate au barreau de Nouméa, Marie-Astrid Cazali. Grâce à ces interventions, les jeunes commencent à vaincre le trac… et la peur du jugement ! « Notre problème, c’est qu’on accorde trop d’importance à ce que les gens pensent de nous, lâche Rayan avec conviction. Si tu accordes toute ta vie autant d’importance à ce que les gens pensent de toi, à un moment donné tu n’avanceras plus pour toi mais pour eux : je ne trouve pas ça bien ! »

Confiance en soi

Le jour J, c’est comme un déclic pour Rayan. Le jeune papa d’une petite fille de quatre mois lâche vanne sur vanne et conquiert dans un réfectoire comble, à la fois le jury et le public où se mêlent élèves et personnel enseignant. Après avoir rapidement délibéré, le jury lui attribue le 1er prix du concours Rhétorica Garnier. « C’est un truc que je n’oublierai jamais ! Je me suis rendu compte de la vraie force de la parole. Avant, quand quelqu’un arrivait avec son costard-cravate, je n’osais pas converser avec lui parce que j’avais l’impression qu’il était sur un piédestal… Cette expérience va me servir pour prendre confiance en moi. »

L’année prochaine, le concours Rhétorica devrait être ouvert à l’ensemble du lycée Jules-Garnier, en attendant pourquoi pas à l’ensemble des jeunes du pays ? Quant à Rayan, la tête bien vissée sur les épaules, il veut avant tout réussir son BTS, pour viser ensuite une prépa, toujours à Jules-Garnier, avec l’objectif d’entrer dans une école d’ingénieur en Métropole. En attendant, il a déjà été sollicité pour animer la première édition de la Fête de l’école calédonienne, le 1er septembre au Centre Culturel Tjibaou.

Un petit film pour revenir sur ce 1er concours Rhetorica (réalisé par M. Borgna professeur d’ITEC) !