Rugby : un pôle Espoirs pour sortir de la mêlée

Il a déjà commencé à accueillir nos jeunes rugbymen et rugbywomen, mais c’est vendredi dernier que le pôle Espoirs de rugby, basé au Lycée du Grand-Nouméa, a été inauguré officiellement. Dans l’assemblée Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby, convaincu du potentiel de la jeunesse calédonienne.


Ni un chemin facile, ni un privilège. Marc Barré, président du comité de rugby calédonien, a rappelé aux jeunes espoirs du rugby calédonien réunis pour la grande occasion : « L’aventure du pôle, c’est essayer de concrétiser vos rêves, mais aussi accepter d’avoir une double charge de travail : une charge sportive, et une autre de travail scolaire. C’est avant tout beaucoup d’efforts à fournir. »

Et qui dit « efforts », dit parfois difficultés, parmi lesquelles la blessure, un risque permanent dans la vie du sportif de haut niveau. Comme pour Gabriel, grand espoir de sa génération qui s’était notamment illustré l’an dernier en Métropole lors du tournoi interpoles, et a subi un coup dur : « Une blessure ça arrive, mais ça n’est pas la fin du parcours. Il faut continuer de croire en toi car il n’y a aucune raison que ça s’arrête », rassure M. Barré en s’adressant au gaillard de 19 ans. « J’ai commencé le rugby à sept ans à Normandie, raconte Gabriel. Toute ma famille y jouait, alors je voulais suivre aussi le chemin. Venir au pôle Espoirs m’intéressait pour les voyages, et voir les autres niveaux. Tout se passait bien jusqu’à ce que je me blesse aux ligaments intérieurs croisés. Je ne peux plus jouer, je suis en arrêt un an. Mais mon objectif c’est de me rétablir pour continuer le rugby. »

Pour transformer l’essai, passe ton bac d’abord !

Malgré une ouverture ne datant que du début d’année dernière, le pôle a déjà ses « anciens », une petite dizaine de sportifs à avoir passé leur bac fin 2017, pour 100% de réussite. Garçons, comme filles : le pôle du Grand Nouméa est le seul mixte de toute la France ! De la Seconde à la Terminale les élèves bénéficient d’aménagements horaires pour cumuler chaque jour leurs cours avec trois à quatre heures d’entraînements sportifs. S’ils sont majoritairement scolarisés à Koutio, les espoirs proviennent aussi d’autres lycées comme Jules-Garnier ou Escoffier.

Julietta, capitaine de la sélection féminine de rugby à sept et par ailleurs championne d’haltérophilie, est en BTS hôtellerie-restauration après avoir obtenu son bac pro en fin d’année dernière : « Le club de Perpignan en France m’a contacté, ils voudraient que je joue avec eux. Mais je préfère d’abord finir mes études, et poursuivre ensuite dans le rugby si j’en ai la possibilité », planifie la jeune femme de 19 ans, qui a commencé à jouer avec son père et ses frères il y a treize ans.

Manuia est de la « nouvelle promo » et vient d’entrer en seconde : « J’espère que le rugby va se développer, ça ne l’est pas assez en Calédonie ! J’invite les filles à intégrer, à vouloir participer à l’expérience, à essayer au moins. » Son voisin Lévy, 17 ans, pratique au club de Païta. Il est confiant en l’avenir : « L’an dernier au mois de juin j’ai participé au tournoi interpoles de rugby en Métropole. J’espère que le niveau progressera pour les prochaines générations, et qu’un jour on gagnera ce tournoi… J’ai foi en la génération future, je sais qu’en Calédonie on a du talent ! »

Une académie, après le pôle

Bernard Laporte, ancien sélectionneur de l’équipe de France et actuel président de la Fédération nationale en visite sur le Caillou, ne le dément pas. « On me dit qu’il y a le football et le cricket devant nous, tant mieux, lâche-t-il avec un sourire rusé. Mais grâce à ce qu’on va faire en termes de formation et de notoriété pour notre sport dans les écoles, nos clubs vont développer une filière avec les meilleurs. Je suis convaincu qu’on va gagner énormément de licenciés… Il y a une jeunesse dynamique ici, ça se voit vite ! »

Après la mise en place du pôle Espoirs piloté par Laurent Vili, qui cible une trentaine de jeunes de 15 à 18 ans chaque année, la prochaine étape a été annoncée : une académie pour les 18-21 ans, gérée par d’autres anciens du rugby pro. Si les meilleurs pourront, dès 18 ans, tenter le « grand saut » pour les clubs professionnels en Métropole, les autres continueront à se former ici pour éventuellement raccrocher le wagon plus tard, ou alors contribuer à élever le niveau général du championnat de Calédonie. Bref, c’est tout bénéf ! De quoi contribuer à l’optimisme de M. Laporte : « Je vous regarde : j’espère qu’un jour je vous remettrai le maillot de l’équipe de France parce que vous serez sélectionnés. Ce serait le plus grand des plaisirs pour moi, et une grande chance pour vous ! »