[Les étudiants mènent l’enquête] « Le parler jeune, bah c’est à nous ça ! »

Le parler jeune, forcément vous connaissez ! Toi qui préfères dire « on s’tire » plutôt que « on y va », et vous qui ne comprenez pas pourquoi les jeunes parlent ainsi : cet article est pour vous, vous êtes sur la bonne page !


Lorsque vous marchez dans la rue ou passez devant une école, gardez l’oreille attentive. Semblable au « français kaya », le parler jeune désigne toutes les façons dont les jeunes s’approprient une langue pour communiquer. Il est souvent l’objet de mésententes au quotidien, à l’école ou « à la maiz ». Certaines de ces tensions seraient liées, d’une part, à une norme institutionnelle attendant des élèves la pratique d’un français conventionnel, et d’autre part, à des valeurs culturelles : le respect de la langue. Des jeunes peuvent en ressentir de l’injustice, voire se sentir incompris.

Nous avons décidé, aujourd’hui, de leur donner la parole. Selon eux, qu’est-ce qui motive cette manière de parler ? À l’occasion du salon de l’étudiant qui s’est tenu le 3 août dernier, nous avons pu côtoyer un grand nombre de jeunes venant de tous horizons, et en profiter pour les interroger sur la question.

#ONASSUMENOUS

Pour Pauline le parler jeune « c’est naturel avec la bande, j’me rends pas compte ! ». Mais alors que signifie naturel ? Pierre nous explique que « naturel, c’est que tu ne réfléchis pas, c’est comme ça ! » Les jeunes en s’exprimant à leurs manières, nous disent une chose : le parler jeune est une pratique qui relève de la spontanéité. Effectivement la richesse linguistique, culturelle et ethnique unique de notre Caillou favorise le mélange de nombreuses langues, qui par contact les unes aux autres produisent un parler spécifique. Ce parler jeune permet une plus grande liberté d’expression car il est détaché des conventions normatives, mais aussi un enrichissement du vocabulaire pour chacun grâce à l’apport d’autres langues.

#PAYETABANDE

Principalement employé par les adolescents, il se développe en continu dans un système d’influences qui dépend de ses acteurs : le groupe forme un cercle exclusif, un espace privilégié d’expression. À la façon d’une communauté, ses participants mettent en place des codes langagiers qui leur permettent de se comprendre à l’insu des autres. C’est une manière de codifier son langage pour favoriser une cohésion collective. Léo, un jeune basketteur, nous confie « j’étais obligé de parler la même langue qu’eux, pour m’adapter au groupe ». Pour lui, le parler jeune est un recours nécessaire pour mieux s’intégrer un nouveau cercle social, faire « partie de la bande ». Car comme la mode vestimentaire, son usage est pluriel et il faut savoir s’adapter aux nouvelles tendances.

Le langage de la jeunesse gagne à être reconsidéré dans une autre perspective, il est une spécificité territoriale. C’est un espace où s’élabore une identité à la fois commune et diverse. Le souci d’une reconnaissance mutuelle motive au quotidien la pratique d’un parler singulier, reflet d’un pays qui se construit au fil de son histoire. Alors, pourquoi ne pas envisager le parler jeune comme étant une langue émergente ?

(Semoa Pasikavaia, Bussi-Glaises Angélique, Helloa Maïlys, Bolo Harmony, Calone-Sansouli Maëlys, Tuitoga Manualiki)


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants sur la forme, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !