[Les étudiants mènent l’enquête] A l’Anse Vata, au rendez-vous des jeunes

« Le ‘parler jeune’, qu’en pensez-vous ? Est-ce un inconvénient ou un atout ? »  Un groupe d’étudiants en deuxième année à l’Université de la Nouvelle-Calédonie est allé à la rencontre d’adolescents sur l’Anse-Vata, pour recueillir leur point de vue.


Si l’Anse Vata a été choisie comme terrain d’enquête, c’est parce que son décor de « carte postale » avec sa plage incontournable, ses magasins, activités, établissements scolaires à proximité en font un lieu très attractif pour les jeunes.

Que pensez-vous de la notion de « parler jeune » ? Les passants abordés sur les trottoirs de l’Anse-Vata ont été nombreux à répondre qu’ils utilisaient souvent ce langage. Pour certains c’est avec fierté qu’ils témoignent. Jean, 18 ans, lycéen à Blaise Pascal : « C’est notre langage ». Pour d’autres la réponse prenait plutôt la forme d’une confession ! « Le parler jeune est assez vulgaire, je l’utilise seulement avec des amies, » avoue Clara, 14 ans, également inscrite au lycée Blaise Pascal.

Inconvénient ou Atout ?

Dimitri, 23 ans, affirme que « le parler jeune est différent selon le milieu et la mentalité, le jeune de la tribu ne parle pas comme le jeune du quartier ». Selon lui, le fait de maîtriser les codes du parler jeune peut être un atout pour s’intégrer dans un groupe où la première approche serait difficile. Certains jeunes seraient plus susceptibles de répondre à des interlocuteurs employant le même langage qu’eux, plutôt qu’à une personne ayant un langage plus soutenu. « Le parler jeune est un moyen de communiquer, permet de récréer et d’entamer un contact avec les délinquants ou les enfants ayant des difficultés d’insertion dans la société. De quoi permettre une discussion constructive », témoigne Dimitri.

Tous s’accordent à dire que le « parler jeune » est le plus souvent employé avec les amis, et que ce langage est utilisé dans l’optique de s’intégrer dans un groupe. « Ce langage permet une familiarité avec les amis, » note Victor, lycéen de 18 ans. Pour Ismaëlla, « tu peux te créer des amies en adoptant un ‘parler’ qui leur appartient, et donc rentrer dans leur cercle. »

 

Les jeunes interrogés sur l’Anse Vata ne voient pas que du positif dans ce langage. « Certains ne font même plus la différence entre le vocabulaire de ce langage et celui du langage soutenu ! » lance une des enquêtées.

« Tu peux également te faire rejeter car tu as adopté un ‘langage inapproprié’, ajoute Ismaëlla. Or ce registre de langage pourrait être qualifié par les Anciens de déformé ou d’inventé. » Cette habitude de s’exprimer pourrait, selon les interviewés, parfois mener à l’oubli des bonnes conventions de la langue française. Les jeunes l’emploieraient ainsi dans des situations où il ne serait pas approprié, comme lors d’un entretien ou dans le milieu professionnel.

Globalement, le « parler jeune » est vu comme un inconvénient mais c’est sur une note d’humour que cette rencontre s’est terminée, avec les paroles de Jean, 18 ans, réclamant « vouloir retrouver le beau langage, celui de Charlemagne ».

Ce fut une enquête enrichissante, qui a permis d’entrer en contact avec d’autres personnes et de connaître leur point de vue très intéressant sur ce thème du « parler jeune ». Cela a aussi permis de se mettre dans la peau d’un enquêteur sur le terrain, et donc de prendre conscience de tout le travail et la difficulté que ce métier demande !

Vaiadimoin Karen, Nehoune Rachel – L2 Lettres


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !