[Interview] Paul Wamo : « je me sens plus écriveur que lecteur ! »

 « Des textes de littérature océanienne clamés sur de la musique reggae » : c’est ainsi que se présente le projet Haut-Parleur Pacifique, qui implique le chanteur et slameur Paul Wamo. A l’occasion du SILO (Salon international du livre océanien), ce week-end au Centre Culturel Tjibaou, le Tazar s’est entretenu avec Paul, de passage sur le Caillou.


Comment définirais-tu le genre « dub poetry » qui caractérise le projet ?

C’est de la poésie mise en dub. C’est le dubmaker de NOFA Sound System qui s’est approché de moi pour monter ce projet. Ce qui m’a branché c’est l’engagement. Le reggae est engagé, comme la poésie océanienne. Cette dernière parle de révolte, de colère, de rage, elle est violente… C’est dans cette visée que je rapproche les deux : dire les choses, les faire sortir.

Tu cites dans les chansons des extraits de textes de Paul Tavo (Vanuatu), Chantal Spitz (Polynésie Française) ou Sia Figiel (Samoa)… Quels sont selon toi les points communs entre tous ces auteurs du Pacifique ?

Il y a leur engagement, et puis la culture. Quand je parle de ces poètes océaniens, je parle des poètes autochtones. Je trouve dans la poésie autochtone, ce questionnement par rapport aux enjeux de la culture, sa survie et aussi comment la remettre en cause, le souvenir, la nostalgie. Il y a aussi le « où on va », le « qui on est », l’insularité quoi ! Et enfin la violence de l’Histoire, de la colonisation.

Pour toi, est-ce que le rapport à l’écriture et à la lecture sont liés ?

J’aimais déjà lire de la poésie à l’école, en entendre. Après, je me suis mis à écrire. La lecture, lire un bouquin, un roman, c’est un bon moyen de voyager sans prendre l’avion. Même si c’est toujours mieux de voir les gens, de les rencontrer, de sortir, de bouger… Quand je lis des auteurs qui me font voyager, ça m’inspire, ça nourrit mon style.

Je me sens plus « écriveur » que lecteur. J’écris plus que je lis. Mais là je suis tombé sur quelques auteurs qui m’ont ‘fracassé la tête’ : du coup ça m’ouvre à la lecture !

Comment tu vois le rapport à la lecture du côté de notre jeunesse, à qui on reproche parfois de ne pas lire assez ?

C’est vrai qu’il y a de nouveaux médias qui prennent le dessus : tu lis ta story sur Facebook ou Instagram plutôt que d’aller chercher un ouvrage de Paul Tavo dans une librairie ! On passe plus de temps à lire son téléphone portable qu’à tourner des pages. On est tous happés par ça.

Après, il y a des initiatives comme celle d’Isa Qala (qui a notamment écrit la Tribu des veuves). A son niveau, à Lifou, elle organise des parcours littéraires en se baladant : ainsi les gens voient le livre. Ce sont peut-être des initiatives comme ça qui vont encourager la lecture !

Rendez-vous avec Paul lors des dates de concert de Haut Parleur Pacifique (disponibles sur leur page Facebook), ou ce samedi à 13h30 en Case Eman au Centre Culturel Tjibaou, pour une lecture performance des Sanglots de l’Aigle pêcheur. Tout le programme du SILO : https://fr.calameo.com/read/000821976001d7144d03f