Shakespeare en mode breakdance

C’est devenu une habitude : depuis 3 ans, le Junior Crew élit résidence au Centre culturel de Dumbéa ! Leur mission : répéter, avec le concours de plusieurs chorégraphes réputés venus de Métropole, un spectacle qui sera dévoilé lors de la Quinzaine du Hip Hop.


Ils sont seize, débordants d’énergie et d’envie de se laisser embarquer par une passion qui ne se limite ni aux battles ni à l’enchaînement de quelques steps. Ces jours-ci, le Junior Crew s’habitue aux flots de musique classique qui s’échappe des enceintes du Centre culturel de Dumbéa !

Après François Lamargot en janvier, deux autres pointures de la scène hip-hop française se succèdent pour coacher les jeunes danseurs : Farid Berki (dont la compagnie Melting Spot travaille en partenariat avec Moebius Danse, dont dépend le Junior Crew) et Nabil Ouelhadj. Ils préparent trois pièces : un solo, un duo et un spectacle réunissant l’ensemble des danseurs (l’adaptation de Roméo et Juliette, sur l’éternel scénario imaginé par l’Anglais Shakespeare et la musique du Russe Prokofiev).

Une énergie qui réactualise le classique

« Il y a une histoire classique, une musique classique, et les jeunes eux, ont une énergie urbaine qui envoie vraiment du lourd, apprécie le danseur et chorégraphe Nabil, basé à Lille, qui a fait connaissance avec la troupe la semaine dernière. Ils font des perfs de dingue, parfois ça dure une fraction de seconde mais on en prend plein les yeux, sans bien comprendre ce qui s’est passé ! C’est fort. »

Le travail de Nabil consiste à « dégrossir » tous les enchaînements pour que Farid, qui prendra le relais durant cinq semaines, puisse finaliser la chorégraphie. Roméo (Kaie), Juliette (Zerbina), Tybalt (Lomes)… Les premiers rôles ont été distribués. L’exercice ajoute à la dimension physique, une performance d’acteur. La rivalité entre le clan des Capulet et celui des Montaigu doit se sentir jusque dans les expressions du visage ! « Le spectacle dure 1h10 : si vous ne voulez pas que le public s’ennuie, il va falloir vivre les choses sur scène… Vous devez avoir la gouache ! » Adepte d’un parler franc et de petites formules percutantes, Nabil motive la troupe ou chambre le couple star : « On dirait des amoureux sous kava ! »… Fous rires garantis sur la piste.

Pour Pascal (17 ans) et Wahnawé (19 ans), c’est une double découverte : au niveau du coaching et de l’univers musical que les danseurs ont d’abord trouvé « bizarre ». « Quand on a rejoint le Junior Crew au début, c’était histoire de délirer, de découvrir comment c’était avec les grands frères, sourient-ils. Au fur et à mesure, on découvre d’autres façons de danser. Ça nous change de ce qu’on connaissait… Ça se passe bien avec Nabil, et puis à côté, dès qu’on a du temps libre, il nous apprend de nouveaux steps ! »

Pour apprécier le résultat de ce spectacle chorégraphique, rendez-vous le samedi 20 avril au Château Hagen pour la clôture de la Quinzaine du Hip Hop !

Juste avant de reprendre l’avion ce vendredi 8 mars, Nabil donnera une master-class de 16h30 à 18h30 au Rex, gratuite et ouverte à tous. 


2 questions à Nabil Ouelhadj

Quel regard portes-tu sur la pratique des danses urbaines en Nouvelle-Calédonie ?

Il y a quelque chose de frais, de neuf, avec une super énergie et un trésor entre les mains. C’est une vie insulaire, une vie tribale, avec beaucoup d’histoires personnelles hyper intéressantes ; tout ça va nourrir la danse de chacun. Il y a quelque chose d’unique qui peut se créer. Il peut y avoir une danse hip-hop calédonienne, j’en suis convaincu et ça existe déjà.

Est-ce que tu vois une connexion entre traditionnel et breakdance ?

Je suis allé voir danser les jeunes sur des danses traditionnelles, j’ai tout de suite vu des steps : c’est exactement la même chose ! Ils les font avec un costume, une musicalité différente, mais en réalité c’est le même mouvement… C’est ce qui est fort : c’est un mouvement qui dit, qui parle. Il y avait la danse du tamis, de la case, de l’igname : c’est génial, parce que je vois plein de mouvements. C’est un cycle : on revient toujours aux racines, ce sont elles qui nourrissent !