[Les étudiants mènent l’enquête] « Ça tague à KTO ! »

Elles sont quatre, étudiantes en Licence de Langues et Cultures Océaniennes (LCO) et en Lettres Modernes à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, et elles ont mené l’enquête à Koutio ! Si vous résidez dans les environs, vous aurez sans doute remarqué l’omniprésence des tags dans le quartier, mais que signifient-ils ?


Avant tout, faisons la distinction entre graffitis et tags. Le graffiti est reconnu par des artistes et souvent réalisé dans des lieux autorisés, tandis que le tag est un dessin ou une écriture non-autorisée. De ce fait, il est sanctionné par loi ! Pour mieux comprendre cette forme d’expression, à la frontière du légal et de l’illégal, une question se pose : « Les tags sont-ils des codes de communication entre jeunes ou seulement des modes d’expression ? »

Nous avons posé cette question à plusieurs jeunes vivant dans le quartier de Koutio, tout en faisant appel aux témoignages sur les réseaux sociaux pour obtenir d’autres avis (photo 1 & 2). Pour Steeve, 20 ans, jeune du quartier de Koutio : « Le tag c’est un moyen pour les jeunes de laisser leurs traces, pour dire qu’ils sont passés par là, et derrière cette écriture de nom de quartier ou de surnom il y a une volonté de provocation, ou peut-être seulement de revendiquer l’endroit d’où l’on vient. » Rodrigue, étudiant de 17 ans, nous dit : « Quand les jeunes taguent, ça leur sert à montrer que l’on ‘zone’ beaucoup ».

Emplacements des différentes variantes du tag “JKRM” repérés par les élèves-enquêteurs

Prenons l’exemple du tag « JKRM3 » que l’on retrouve à plus de 30 endroits différents dans Koutio. A une certaine époque, il voulait dire : « Jeunes de Koutio Révolutionnaires » (JKR), aujourd’hui il veut dire « Jeunes kanak rebelles middle 3 ». On le retrouve dans des endroits bien visibles, notamment au bord de routes et sur des murs de magasins très fréquentés par les résidents (voir carte) et sous différentes formes « JKRM3, JKR, RM3JKR, RM3… ». Il a évolué en fonction de son époque et il est aujourd’hui une expression visuelle à revendication identitaire et politique.

Pablo, ancien graffeur, aujourd’hui animateur en médiathèque et chroniqueur TV, explique que ce phénomène de mode est un moyen pour les jeunes de s’exprimer, un moyen de se faire voir et entendre par autrui. Il a le sentiment que la jeunesse calédonienne n’est pas assez entendue « à la maison et par les adultes ». Il finit en ajoutant : « Alors le tag est un marqueur identitaire pour ces jeunes trop souvent incompris ».

“Qu’est-ce que c’est pour vous le tag ? Quelle différence faites-vous avec le graff ?” Quelques résultats du sondage mené par les étudiants-enquêteurs auprès de leurs contacts Facebook !

(Cimutru Merry, Paita Ophélie, Pei Mireille, Raleb Israela)


Ils sont en deuxième année de licence LCO (Langues et Cultures Océaniennes) ou Lettres Modernes, et dans le cadre de leur cours de sociolinguistique, ils ont été accompagnés par leurs professeurs Véronique Fillol et Elatiana Razafi pour mener des enquêtes sur les différentes façons de s’exprimer de la jeunesse, dans le Grand Nouméa. Est-ce qu’il y a un « langage jeune » ? Comment est-il perçu par les uns et les autres ? Après avoir travaillé avec les étudiants sur la forme, le Tazar diffuse au fil des semaines leurs articles !