Etre jeune à… Yaté : Charlène veut faire bouger les choses

Charlène Attiti a grandi à Yaté, elle défend sa commune et son mode de vie tribal, et pour rien au monde ne voudrait vivre ailleurs. Pourtant, la jeune femme souhaiterait que les choses bougent plus et que les jeunes soient davantage porteurs de projets pour développer et dynamiser Yaté, la belle endormie.


Un environnement exceptionnel et préservé, des paysages à couper le souffle à perte de vue. Après 50 km de route au départ de Nouméa, Yaté apparaît comme une oasis dans cet écrin de nature sauvage. C’est là que Charlène Attiti, 25 ans vit depuis toujours, dans la tribu de Goro. Travailler à la mine, elle y pense mais quelques hommes de sa famille lui déconseillent car, « c’est dur physiquement pour une fille ». Depuis trois mois, elle est pompiste à Touaourou et s’estime chanceuse, car le travail ne pleut pas à Yaté.

Mais la jeune femme a une idée de projet qui lui tient à cœur. Ce sont les touristes qu’elle voit passer à la station-service où elle travaille qui en sont à l’origine. Faut dire que les sites à visiter dans le Grand Sud ne manquent pas : entre le Parc Provincial de la Rivière Bleue, les Bois du Sud, le barrage, les chutes de Goro ou encore l’ancienne mine des Japonais. Un jour peut-être, elle aura son propre snack. En attendant, pour se faire un peu de sous, il lui arrive de vendre des brochettes de poulet au bord de la route. « Ça marche bien, car il n’y a pas d’endroit pour se restaurer à part quelques gîtes et les touristes me demandent souvent : où peut-on manger à Yaté ? »

Charlène se dit aussi que promouvoir la commune peut être un bon moyen de gagner sa vie. « Il y a des choses à faire, par exemple guide touristique pour sensibiliser les gens mais aussi les scolaires à l’environnement, expliquer les plantes et leurs vertus et valoriser le mode de vie tribal. »

Les jeunes doivent se bouger !

Vivre à Nouméa ? Même pas en rêve ! « Trop de pollution et de monde ! » Pour Charlène, rien de mieux que la vie en tribu, un style de vie proche de la nature qui lui convient parfaitement. « On peut cultiver son champ, aller à la pêche, ramasser du bois… » Et puis surtout, tout le monde se côtoie. Une proximité qui facilite les relations humaines et les échanges.

Même si elle ne se voit pas vivre ailleurs, elle admet que le manque de projet n’incite pas les jeunes à « se bouger ». «  Il n’y pas grand-chose pour nous ici. Cela manque de dynamisme et au niveau animation, c’est quasi-néant. » Mais la faute n’est pas qu’aux institutions, Charlène se dit que « les jeunes pourraient aussi organiser par exemple des tournois de sport pour créer une émulation ou avoir des projets pour développer la commune… »

L’avenir du pays, la jeune femme y pense vaguement. Dans sa tête, le référendum de 2018, sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté, reste quelque chose de flou. « Je pense qu’on n’est pas prêt pour l’indépendance, souligne-t-elle. Et le mieux que l’on puisse faire, c’est encore de vivre tous ensembles avec toutes les communautés du territoire. »