Le rap conscient de Nasty et ReZa

Ils foulent la scène calédonienne depuis maintenant plusieurs années : Nasty et ReZa font office de « grands frères » dans le monde du rap sur le Caillou. Bien loin du bling-bling, leur truc à eux c’est le rap conscient, engagé, celui qui dénonce les travers de la société à grands coups de punchlines assassines. Rencontre.


Salut les gars ! Alors, dites-nous, qui êtes-vous ? Depuis quand faites-vous du rap ?

Nasty : J’ai grandi dans les quartiers de Saint-Malo, en France, et je suis sur le Caillou depuis une dizaine d’années. Je fais du rap depuis 15 ans, c’est une musique que j’ai découvert à ses débuts et qui m’a parlé direct parce que les paroles correspondaient à ce que je vivais au quotidien dans les quartiers. C’est la chanson française d’aujourd’hui ! Puis je me suis vraiment investi dedans quand j’ai rencontré ReZa.

ReZa : Moi je suis de Bourail et j’ai commencé à rapper au lycée. C’est la musique qui me correspondait le mieux pour exprimer ce que je pensais, par la quantité et la qualité des textes. Dans le rap, il y a un poids fort des mots, on peut exploiter la richesse de la langue française. Aujourd’hui les jeunes des quartiers se l’approprient ici et c’est logique parce que la parole a une importance primordiale dans la culture kanak.

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

ReZa : En fait, nos mères sont copines et se connaissent depuis beaucoup plus longtemps que nous ! C’est elles, qui nous ont fait nous rencontrer.

Nasty : On a entendu parler l’un de l’autre pendant pas mal de temps avant de se voir, puis quand enfin on s’est rencontré ça a matché direct ! On n’est pas toujours d’accord, mais on s’entend super bien et on prend beaucoup de plaisir à faire de la musique ensemble.

Quelles sont vos influences musicales ?

ReZa : J’ai beaucoup écouté Sniper au lycée, et puis Saïan Supa Crew que j’adore pour le côté déjanté ! Toujours du rap conscient, mais j’ai aussi pas mal écouté d’autres artistes avec d’autres styles.

Nasty : En rap, chacun a son délire et quand on écrit on crée le sien. Donc, je ne parlerais pas d’influences, mais plutôt du plaisir d’écouter des morceaux conscients, engagés, bien écrits. J’ai énormément écouté IAM, NTM, Expression Direkt et puis toute la bande du Secteur Ä… A l’époque tout était bon ! Dès qu’un album sortait, on l’achetait parce qu’on savait déjà que ça allait être bon !

Et dans la nouvelle génération, qui suivez-vous ?

Les deux : On aime bien Demi Portion, et puis Youssef Swatt’s, un petit jeune qui envoie du lourd !

D’où tirez-vous l’inspiration pour vos compo ?

ReZa : De la vie de tous les jours, de l’actualité, de notre quotidien… On a besoin de mettre des mots sur les maux de la société, en particulier sur les inégalités : culturelles, sociales, ethniques…

Nasty : On s’inspire en général de ce que l’on vit personnellement ou de ce que l’on voit autour de nous.  Par exemple pour notre morceau « Désaccord Communs », ça vient d’une vraie embrouille à laquelle j’ai assisté un soir. Quand j’ai vu ReZa le lendemain, je lui ai proposé de travailler dessus, on s’est mis chacun de notre côté dans une salle et on s’est montré ce qu’on avait écrit à la fin. On a écrit la chanson très vite parce que ce premier jet nous a plu, il a été envoyé cash comme ça, spontanément. Du coup on n’a pas voulu le peaufiner pour garder ce côté franc. Je pense qu’il a parlé au public parce qu’il aborde quelque chose que tout le monde a déjà vécu ici.

Merci beaucoup à vous deux et on a hâte d’écouter la suite !