J’ai testé pour toi : la dictée du Pacifique

Quoi de mieux pour célébrer la semaine de la francophonie que d’organiser une bonne vielle dictée géante ? C’est le choc des titans, les « textoteurs » vont-ils réussir à obtenir le respect des lettrés chevronnés ? Immersion dans une expérience orthographique aux faux airs de cool. Bref, j’ai testé pour toi : la dictée du Pacifique.


Le rendez-vous est donné le samedi 18 mars, 13h30 dans le hall d’honneur de la Mairie de Nouméa. Entourée de férus d’orthographe ou simples curieux venus tester leur niveau (je te laisse deviner à quelle catégorie j’appartiens), je m’apprête à faire la dictée.  L’objet du délit est un extrait du livre « L’île aux cent visages » de Jacqueline Sénès, journaliste et auteure passionnée du territoire. La dictée est retransmise en direct sur NC 1ère pour ceux qui préfère la formule que j’ai nommée pyjama-cheveux gras. Et,  grande nouvelle : la nouvelle orthographe est acceptée.  Je me délecte d’avance d’écrire « ognons » et « nénufar ». Il n’en sera rien.  Souhaites-moi bonne chance.

14h00. La tension monte. Le cérémonial est respecté, une première lecture est faite.  A la fin, petit silence éloquent dans la salle, avant que tout le monde souffle un bon coup. Elle est ardue ! Ce n’est pas tant la complexité du lexique, mais retrouver le (bon) sujet n’est pas une mince affaire. J’ai parfois l’impression de jouer à « où est Charlie »? Puis, durant vingt-cinq minutes, je me concentre sur ma copie. Les phrases s’enchaînent, sans répit. J’ai mal au poignet gauche.

14h30. Ouf, le point final arrive enfin. La dictée est relue par une tierce personne. Bonne joueuse, notre seconde maitresse reprend des passages pour ceux laissés en bord de route. Ensuite, trois minutes d’ultime relecture. Trois minuscules minutes. A la relecture, on s’aperçoit tous pantois qu’un paragraphe nous a pas été dictée. Si même nos « dicteurs » font des erreurs, où va le monde ?

15h10. « Poser vos crayons on ramasse les copies ! »,orthographeorthogsemaine  s’exclame notre Bernard Pivot du jour. Dans un savant jeu de méli-mélo, chaque personne corrige la copie de l’autre. Les copies sont anonymes, ça rappelle la solennité des examens.  Immédiatement, j’ai une pensée émue pour celui ou celle qui devra me déchiffrer. Que le dieu de l’indulgence le préserve !

15h11. La foire d’empoigne commence. Les pièges de la dictée me sautent aux yeux. Oups… je suis tombée dans pas mal d’entre eux ! Mais je suis fière d’en avoir évité certains. Chacun y va de son petit commentaire et/ou interprétation du texte. « Combien compte-on de fautes quand une mauvaise interprétation du sujet conduit à une avalanche de fautes façon domino ? ». Après quelques râleries et pinaillages, le maître de l’orthographe a tranché ce sera une haute par mot. Outch.  Ça n’arrange pas du mes affaires.

15h30. Remise des prix en deux temps.  La gagnante est arrivée au bout de l’épreuve avec seulement deux fautes. Belle perf’. Seulement il faut départager les quatre suivants, ex-aequo. Une micro (mais très costaud) dictée est refaite. A ma table, la bataille fait rage. Deux des outsiders s’arrachent la victoire à coup de « hispide » et autres « calembredaine ».

15h40. La sentence tombe.  Pour abréger les souffrances, j’ai vite compris que je ne ferai pas parti du trio de tête, les goodies me passent sous le nez (ainsi que la photo dans le journal). Le MC de l’orthographe appelle les copies dizaine après dizaine. « Les copies entre dix et vingt fautes », dit-il. Je le savais, je suis dans cette fourchette. Avant de partir, j’échange avec quelques candidats. En vrai,  je suis admirative de leur amour pour la langue française, leur plaisir de tricoter et détricoter les mots.

Bref, j’ai fait 15 fautes à  la dictée du Pacifique 2017.


DICTÉE DU PACIFIQUE 2017

EXTRAIT DE L’OUVRAGE DE JACQUELINE SENES

L’ILE AUX CENT VISAGES, p 147

[Ils étaient trois.

Ils ne sont plus que deux.

C’est déjà un constat d’échec.

Ils étaient plantés, cailloux de quartz, au pied de la montagne qui domine Poya sur la route même qui va à la tribu de Goapin, jadis sentier canaque qui s’enfonçait dans les roches d’Adio, là où jadis les roussettes à queue faisaient leurs nids, tandis que les anguilles disparaissaient dans un creek-fantôme, rivière évanouie sous des grottes-sépultures et qui rejaillissait, fraîche, verte et vive, là-bas, sous les manguiers du vieux Metzger…] La suite ici :