Le suicide, parlons-en

Des fois, quand ça ne va vraiment pas on a l’impression d’être comme dans une boîte où il fait noir, où il n’y a aucune sortie. Parfois même, on peut avoir le sentiment que la seule solution pour ne plus souffrir est de mourir. Cet état, que l’on appelle « état suicidaire »,  s’accompagne souvent de signes d’alerte qui permette de le repérer et de le désamorcer. Tazar a rencontré Fanélie Boucharlat, psychothérapeute, pour lui demander quelques conseils.


Bonjour Fanélie. Pour commencer, quels sont les signes d’un risque d’état suicidaire  (chez les autres ou chez nous-même) qui doivent alerter?

On note souvent un changement de comportement important chez une personne présentant un état suicidaire. Les conduites à risques (consommation excessive d’alcool, de cannabis…), le renfermement sur soi, une chute des résultats scolaires, des changements d’humeur, la perte d’estime de soi… Ce sont des signes face auxquels il faut être vigilant. Bien sûr chacun réagit différemment, certains arrivent à parler de leur mal-être, d’autres déploient beaucoup d’énergie à le cacher, mais en étant attentifs à la personne on peut l’aider.

Il n’est pas obligatoire d’être psychologue, infirmier ou  médecin pour ça ! Il y a un moment où la personne bascule de « je ne vais pas très bien » à « la vie ne vaut plus le coup », elle n’est plus motivée, elle a du mal à se lever le matin… Quand la vie commence à perdre de la valeur, il arrive que l’on ressente le suicide comme unique solution à nos problèmes.

Comment réagir si on perçoit ces signes chez quelqu’un ?

Si la personne arrive à exprimer sa souffrance, il est primordial de prendre le temps de l’écouter, de l’aider à exprimer ses émotions. Il est très important de ne pas minimaliser le ressenti de l’autre et d’essayer de le partager pour l’aider à trouver des solutions face à son mal-être. Il faut lui montrer qu’il est entouré, qu’il compte pour des personnes et que des personnes comptent pour lui.

Si la personne ne l’exprime pas, le mieux est d’être présent à ses côtés et de ne pas avoir peur de lui faire part de ce que l’on ressent. « Je vois que tu ne vas pas bien, on peut en parler si tu veux », « Est-ce que tu as déjà pensé au suicide ? » …  Il ne faut pas avoir peur de mettre des mots sur la souffrance. Etre présent à côté de quelqu’un qui va mal c’est aussi lui proposer une activité (un cinéma, une balade…) pour l’aider à recréer du lien avec les choses qu’elle ne voit plus. Parfois juste un mot, un sourire, un geste, un « ça me fait plaisir de te voir » peut faire énormément de bien.

Que faire si on réalise que l’on est soi-même en état suicidaire ?

La première chose, c’est d’oser en parler même si ce n’est pas toujours facile. Partager sa douleur permet de la diminuer. Il existe des professionnels qui sont là pour aider, au CASADO, au PEPs , par téléphone à SOS Ecoute (au 05 30 30), au dispensaire, au collège ou au lycée… Ces professionnels peuvent avoir des solutions qu’on n’imagine même pas ! Bien sûr on peut aussi se confier à des proches si c’est plus facile, le mieux c’est de se rapprocher de la personne avec qui on se sent le plus à l’aise, en qui on a  le plus confiance.

La deuxième chose à faire est de se concentrer sur soi, pour trouver ses propres ressources pour se faire du bien. Ce n’est pas facile parce que souvent quand on va mal on culpabilise à se faire du bien, c’est quelque chose que l’on n’apprend pas à l’école ! Bricoler, écouter de la musique, faire un jeu, aller au champ… il n’y a pas de limite, l’important est de faire quelque chose qui nous fait plaisir.

Que faire face au suicide d’un proche ?

C’est une question difficile parce que chaque cas est très particulier et chacun réagit différemment. En tout cas, je pense qu’il est important de se faire accompagner par un professionnel pour réussir à reconnaître, accepter et surmonter le processus du deuil. Au départ, on ressent souvent beaucoup de colère et c’est normal ! Il faut réussir à déculpabiliser, à accepter et à pardonner le geste de la personne, et se donner du temps pour ça. Il est important de savoir que même si chaque cas est unique, un suicide a toujours de multiples causes et que ce n’est pas de notre faute.