2018, c’est quoi pour toi ? [2/2]

2018, c’est l’année du référendum d’autodétermination pour la Nouvelle-Calédonie. Mais pour beaucoup de jeunes nés après les événements de 1984, ces mots demeurent flous et suscitent incertitude et questionnements. Pour essayer de comprendre la vision de l’avenir des jeunes d’aujourd’hui, Tazar a donné la parole à Aurélie Boula, membre de l’association d’étudiante Découvre ton Caillou.


Suite et fin de l’interview avec Aurélie Boula, membre de l’association d’étudiante Découvre ton Caillou sur cette question : 2018, c’est quoi pour toi ?

Aurélie Boula a été l’une des organisatrices des deux débats organisés cette année à l’UNC, sur le thème du Référendum, par l’association Découvre Ton Caillou. Elle nous offre son éclairage sur ce qui est ressorti de ces discussions entre jeunes. (Lire la première partie de l’interview)

Tazar : Qu’est-ce que pensent les jeunes aujourd’hui de 2018 ?

Honnêtement, je ne peux pas répondre pour les jeunes. Beaucoup de réponses seraient possibles et différentes suivant les communautés et les milieux sociaux. Mais de façon générale, je pense que 2018 reste méconnue et floue pour la jeunesse. Les médias ont commencé à proposer différents formats pour que les jeunes s’y intéressent et s’expriment, et c’est tant mieux ! Mais il faut multiplier ces efforts et les leviers pour communiquer aux populations, accompagner les jeunes et moins jeunes Calédoniens vers une décision éclairée pour 2018. Malheureusement, les espaces de paroles sont peu nombreux. Beaucoup craignent le retour des affrontements ou des violences. Quand on regarde la gestion et le traitement de la situation de Saint-Louis, ou encore le nombre croissant d’actes de délinquance, cela attise ces craintes.

A travers les échanges que tu as eu et ce qui est ressorti des débats, comment les jeunes ressentent-ils le climat social, économique et politique ?

Pour la plupart, ils sont désabusés. Une crise du nickel qui fait beaucoup couler d’encre dans les médias, des mesures et/ou réponses politiques inadaptées ou incomprises. Des discours politiques éloignés de la réalité des jeunes et de leurs préoccupations… Tout cela favorise ce sentiment.

Quels seraient à ton avis les souhaits ou revendications des jeunes pour le pays ?

Beaucoup de jeunes reprochent le manque de transparence, de clarté et de communication de nos politiques. Les discours sont ambigus et les jeux des différents partis commencent à les dégoûter. Et la situation actuelle concernant la présidence du gouvernement n’arrange pas la confiance, malheureusement. De plus, comment se fait-il que des élus condamnés soient encore mis au-devant de la scène politique ? Comment faire confiance à ceux qui nous dirigent quand ceux-là mêmes se croient au-dessus des lois ? Les jeunes se posent ces questions. Cela les découragent et les poussent à se désintéresser pour la politique et les institutions.

Nos élus devraient faire attention à l’image qu’ils renvoient. On est dans une période importante pour l’histoire du pays. L’ensemble des populations doit s’interroger sur ce qu’elles souhaitent pour 2018, sans que les rancunes personnelles et les casseroles des uns et des autres ne viennent biaiser cette réflexion. Les transferts de compétences et leurs conséquences directes et indirectes pour le pays devraient être expliqués aux populations. Les questions fondamentales sur l’après 2018 ne sont pas assez présentées, accessibles et surtout compréhensibles.

Si tu avais des conseils à donner à nos dirigeants quels seraient-ils ?

Qu’ils croient en la jeunesse qui monte. Une jeunesse formée, ou qui tend à l’être, peut bâtir son histoire et son pays. Beaucoup de jeunes partent ailleurs car leur potentiel n’est pas reconnu ici, c’est vraiment dommage !

Un mot pour les jeunes ?

Il faut être acteur de son Histoire et ne pas laisser les autres penser, choisir, décider pour soi. La situation du pays est compliquée, mais il faut que les jeunes se posent des questions et cherchent des réponses. Enfin, il faut sortir du pays et voir ce qui se fait ailleurs pour s’ouvrir l’esprit, repousser ses propres limites pour revenir plus fort de son expérience afin d’apporter sa pierre à l’édifice qu’est notre Caillou.