Bagarres : Filmer, c’est aussi puni par la loi

Le « happy-slapping », tu connais ? Ce nom ne te dit peut-être rien et pourtant, c’est devenu monnaie courante dans la rue et même devant les établissements scolaires : c’est  quand, au lieu d’aller séparer des personnes qui se battent, on sort son téléphone et on filme la scène, tranquille, comme si on était au spectacle, pour ensuite la poster sur Internet… Ce que tu ne sais peut être pas non plus, c’est que c’est puni par la loi ! Tazar a rencontré Jean et Heretiti, en 1ere année de CAP sécurité au lycée Petro Attiti, qui ont participé à une réunion avec des membres de la Brigade de prévention de la délinquance juvénile.


La nouvelle mode devant les lycées, et même parfois les collèges, c’est de filmer avec son téléphone les bagarres qui éclatent entre certains jeunes. Ça a un nom, ça s’appelle le « happy-slapping », ou « vidéo-lynchage » en français. Et ça ne s’arrête pas là ! Ensuite les vidéos sont postées sur les réseaux sociaux, assorties de leur horde de commentaires, parfois blessants, souvent haineux.

Bonjour Jean et Heretiti, à votre avis à quoi ça sert de filmer une bagarre pour la poster sur facebook ?

Jean : C’est pour faire le buzz, et malheureusement ça marche ! Et puis pour prouver qu’on était là, qu’on a assisté à la scène… pour se rendre intéressant quoi !

Heremiti : Diffuser des vidéos comme ça, ça sert aussi à booster les autres jeunes pour provoquer encore plus de bagarres… Par exemple, il y en a un qui voit son cousin se faire taper sur Facebook et donc il veut le venger. C’est comme ça que commencent les gros conflits parce qu’ensuite, avec les réseaux sociaux, c’est facile de rassembler la bande pour organiser une nouvelle bagarre.

Vous avez participé à une réunion d’informations à propos du « happy-slapping », qu’en retenez-vous ?

Heremiti : Ce qui m’a marqué, c’est que tu peux être condamné si tu as filmé puis diffusé une bagarre parce que la justice considère que c’est comme si tu y avais participé toi-même. C’est vrai que poster des images d’agression attise la violence, ça a des conséquences ! Sans parler du fait que pendant que tu filmes tu ne portes pas secours à personne en danger…

Jean : Je pense que beaucoup de jeunes qui font ça ne réalisent pas du tout à quel point c’est grave. C’est vraiment bien qu’on vienne nous en parler direct au lycée, nous prévenir des conséquences et nous faire prendre conscience du danger qu’il y a derrière une action qui paraît « non violente », puisque c’est pas nous qui nous nous sommes bagarrés. J’espère que cette sensibilisation portera ses fruits et que cette pratique cruelle ne deviendra pas une habitude. 

Petit rappel de justice :
Le vidéo-lynchage (ou « happy-slapping »), qui consiste à filmer, généralement à l’aide d’un téléphone portable, une scène de violence par une ou plusieurs personnes, dans le but de diffuser la vidéo sur internet et les réseaux sociaux, est punie par l’article 222-33-3 du code pénal.
La diffusion des images, quelle que soit la nature de l’agression filmée, constitue, une infraction punie : jusqu’à 5 ans de prison et 9 millions de francs d’amende. Le prévenu est considéré comme un complice de la personne qui donne les coups. En tant que complice, la personne enregistrant les images est punie des mêmes peines que l’auteur de l’infraction. Les nombreux moyens dont disposent les forces de l’ordre pour identifier les auteurs ? Géolocalisation de téléphone, exploitation des données de Smartphone, identification des adresses IP… En bref, il est très facile de remonter jusqu’à la personne qui a posté la vidéo…