QHH – Culture hip-hop : où sont les femmes ?

Qui sont ces femmes, mères, sœurs, compagnes discrètes et parfois silencieuses qui suivent les pas d’un homme souvent un frère, un cousin ou un compagnon, à la découverte d’une passion ? Quelle place tiennent-elles dans la culture hip-hop calédonienne ? La question mérite d’être posée. Ce fut le cas mardi soir au Centre Culturel Tjibaou. Le temps d’une causerie, elles passent de l’ombre à la lumière.


Le monde du hip-hop est dominé par les hommes et bien souvent, ce sont eux qui sont mis en avant. A contrario, le cliché, véhiculé dans les clips de rap, montre l’image de la femme objet se trémoussant, à moitié nue sur un canapé en cuir ou bien au bord d’une piscine… Elle est réduite à un simple faire-valoir et un prétexte à l’érotisation. Pourtant, depuis une dizaine d’années, les filles arrivent à se faire une place dans différentes disciplines artistiques, malgré une infériorité numérique flagrante. Ce sont les artistes de rap comme Queen Latifa, Laureen Hill, Missy Eliott, Diam’s et plus récemment Iggy Azaela, des danseuses comme Sofia Boutella, des graffeuses comme Kashink ou Miss Van.

« Les femmes ne sont pas très visibles dans la culture hip-hop»

Loin de la contestation des cités et des banlieues, le mouvement hip-hop calédonien s’est développé en épousant les spécificités culturelles du pays. Pour évoquer le sujet, cinq femmes gravitant autour du monde hip-hop ou pratiquant une activité artistique en lien avec la culture urbaine : Wayé, Mado (UBC), Kelly Caihé (Saïan Breaker crew), « tantine Yvette » et « tantine Marie ». Dans un slam sur la parité, Simane questionne : « La place de la femme ? Pourquoi la placer ?  Elle est là depuis notre naissance. C’est plutôt autour d’elle qu’il faudrait s’organiser ! » Le constat est posé par Paulö (Dix vers cités), animateur de la soirée : « Les femmes ne sont pas très visibles dans la culture hip-hop». Cette discrétion s’explique en partie par le fait qu’elles ont du mal à se mettre en avant souligne Alexia Duchesne, chargée d’actions culturelles à la province Sud : « Souvent, elles sont introduites dans le milieu par un frère, un cousin ou un compagnon. »

Wayé

« Du respect et de la bienveillance »

Wayé a commencé par la danse traditionnelle avec ses frères. « Ils avaient besoin de nous pour les aider à s’habiller lors des représentations mais aussi pour les assister. On a toujours été là ! » Quand ils ont entamé leur virage vers le mouvement hip-hop, elle les a suivi. « Il y a toujours eu du respect et beaucoup de bienveillance de leur part. » Sa place dans la culture hip-hop ? « En tant que femme kanak, mon rôle est d’être retirée mais d’être bien présente aux côtés des hommes. La reconnaissance, je la vois dans les yeux des garçons. Parce que dans la culture kanak, c’est nous qui faisons le lien, dans la culture hip-hop aussi ! » Celle que l’on nomme affectueusement « tantine Marie » de RS Impact (crew de dancehall) ajoute : « L’évolution des mœurs fait que nous avons maintenant notre mot à dire et sans les femmes, les hommes ne sont rien ! »

« Ne donne pas ton talent et ton don au cimetière ! »

Pour « Tantine Yvette » de l’association enfance et jeunesse, garçon ou fille : même combat. Consacrant son temps et son énergie à écouter les jeunes des quartiers, elle est amenée à s’intéresser au mouvement hip-hop. Pour elle, il y a de véritables talents. « Ne donne pas ton talent et ton don au cimetière ! Ce lieu regorge de personnes qui n’ont pas osé exprimer leur art»,  prévient-elle.

Derrière les b-girls, il y a souvent les mamans qui soutiennent et encouragent. « Sur 6 enfants, nous sommes 5 à danser. Témoigne Kelly Caihé, Pour ma mère, c’est une grande joie de savoir que ses enfants se consacrent à leur passion.»

Il n’y a pas qu’en Nouvelle-Calédonie que les femmes sont minoritaires. Le constat est identique en Métropole. Mado, b-girl membre d’UBC raconte son expérience à Marseille. « J’ai participé à des événements, des battles et j’ai le sentiment que le break est en train de décliner. Il y a de moins en moins de pratiquants et donc moins de filles. »

L’identité de la femme dans la culture hip-hop se construit en respectant les traditions qui la composent. Comme l’a exprimé Simane en guise de conclusion : « La place de la femme est un mouvement qui va avec la réalité du temps ! »

Crédit photos : Marceau Goulon pour Tazar