Nasty et ReZa : « Chacun est libre de penser ce qu’il veut, mais dans le respect de l’autre »

Tu te souviens de Nasty et ReZa ? A Tazar, on les aime bien et on a pensé que ça serait intéressant de savoir ce qu’ils pensaient des problèmes des jeunes et de la société… Alors, en exclu, pour toi, une interview des « grands frères » qui bousculent les codes !


Bonjour Nasty et ReZa ! Le vivre-ensemble pour vous, c’est possible ?

Nasty : Bien sûr ! On en est la preuve ! (rires) On a parfois des désaccords, mais c’est normal. Ce n’est pas par rapport à notre origine ou quoi, c’est parce qu’on a des personnalités différentes. On a tous nos opinions, tout le monde est libre de penser ce qu’il veut, à partir du moment où il y a le respect de l’autre. C’est ça le secret !

ReZa : Il suffit de se balader un peu en Calédonie pour voir que le vivre-ensemble existe au quotidien et depuis longtemps ! L’important est de ne pas avoir peur d’aller vers les autres et de s’ouvrir.

Que pensez-vous des violences devant les établissements scolaires qui sévissent en ce moment ?

Nasty : On en parle beaucoup ici, mais c’est partout pareil. Je me souviens quand j’étais jeune en Métropole ça existait déjà… Ceci dit, j’ai l’impression qu’aujourd’hui la violence est montée d’un cran et c’est dommage parce que ce n’est pas une solution.

ReZa : Souvent ça part d’une petite embrouille qui prend beaucoup d’ampleur avec le bouche-à-oreille, et surtout les réseaux sociaux… Le problème, c’est l’effet de masse et dans un pays communautaire comme le nôtre, les conflits ethniques surgissent à un âge où tu cherches à appartenir à un groupe. Quand t’es ado, collégien ou lycéen. C’est malheureux, parce qu’à l’école primaire ces problèmes n’existent pas et tout le monde joue ensemble, peu importe l’origine ! Je pense que la majorité des jeunes qui se bagarrent pour des histoires d’ethnies ne sont pas racistes au fond. Ils ne savent même pas ce qu’ils font, c’est de la bêtise.

Pourquoi la délinquance arrive-t-elle de plus en plus tôt ?

Nasty : Je crois que tout se fait de plus en plus tôt aujourd’hui. On est rapidement livrés à nous-même et confrontés au monde réel, qui a quelque chose de violent. Il faut montrer que t’as du courage pour exister, et il faut exister dès le plus jeune âge…. Une des solutions pour sortir de ça, c’est de s’ouvrir l’esprit et de voyager, mais partir coûte très cher. Combien de jeunes ici n’ont jamais quitté le Caillou ?

ReZa : L’important pour se sentir exister sans passer par la case violence est de se sentir écouté. Nous les premiers, en tant qu’artistes, plus on nous écoute, plus on a envie de donner ! En Calédonie beaucoup d’artistes s’investissent pour la jeunesse, notamment au Rex, pour les aider, leur donner envie de faire des choses bien… Et les jeunes sont motivés ! Dans les Maisons de quartiers il y a vraiment de bonnes idées, en danse par exemple, on voit des jeunes passer des heures à travailler ! Il est important de les mettre en avant et de leur donner la reconnaissance qu’ils méritent.

Que pensez-vous de la place des femmes en Calédonie ?

ReZa : Comme partout, la femme a une grande place dans l’environnement familial et dans la société en général, mais elle n’est pas assez reconnue et c’est malheureux. Elles ont été trop longtemps méprisées, il est temps que ça change !

Nasty : Une petite précision sur le rap, d’ailleurs, à ce sujet : le rap ne dénigre pas les femmes ! Nous les premiers, on est au taquet quand une fille veut rapper ! Il ne faut pas confondre le rap commercial, celui qui sert à ambiancer, avec le rap qu’on appelle « conscient » et qui respecte la gent féminine. Le problème, c’est que souvent les gens qui n’y connaissent rien ne retiennent que le rap commercial parce que c’est celui qui fait le plus de bruit.

Un message à passer aux lecteurs de Tazar ?

Nasty : Si vous êtes passionnés par quelque chose, il faut croire en ses rêves et se donner les moyens de les réaliser. Ne lâchez rien, peu importe que ce vous pouvez entendre autour de vous ou lire dans le regard des autres.

ReZa : Maintenant c’est vous !

Merci à tous les deux !

Crédit photo : Marc Le Chélard / Endemix 2017