2018 : quel avenir pour les jeunes ?

Le référendum 2018, c’est demain ! Tant de questions se bousculent mais il en est une qui surpasse les autres : dans quelle société vivrons-nous ? Pour aider la jeunesse calédonienne à prendre une décision « éclairée », l’association des étudiants Découvre ton Caillou a organisé jeudi 27 avril, à l’UNC un débat avec des jeunes engagés dans différents partis politiques du pays. Décryptage.


Le sujet est brûlant. Il divise : d’un côté ceux qui sont pour l’indépendance, de l’autre ceux qui sont contre. Historiquement, les deux camps existent depuis plus de 45 ans mais se sont fractionnés en différents partis politiques. On pourrait croire que le thème n’intéresse guère la nouvelle génération. Erreur ! La salle de la bibliothèque universitaire est pleine à craquer. Preuve que notre jeunesse calédonienne se sent concernée par l’avenir du pays. Et quoi de mieux pour parler de politique et d’avenir aux jeunes que d’autres jeunes. La soirée sur le thème « 2018 pour les jeunes ? » est animée par Yoan Tavouvas, représentant des étudiants en Master de Droit, Tuamanaia Foimapafisi et Aurélie Boula de l’association Découvre ton Caillou.

Pour débattre de la question, quatre invités engagés en politique : Jean-Gabriel Favreau (Républicains), Romuald Pidjot (UC), Mai Nguyen (Calédonie Ensemble) et Xavier Rossard (Rassemblement). Quel déclic les a poussés à devenir militants ? Pour la plupart, c’est surtout l’envie d’apporter sa contribution. « La politique est quelque chose qui nous touche au quotidien, explique Mai Nguyen. Et mon devoir de citoyenne est de participer à la construction du pays. »

Etudiants de l’association Découvre ton Caillou

Pour ou contre l’indépendance ?

Le sujet qui taraude concerne la question de l’indépendance et sous quelle forme ? Pour Jean-Gabriel, partisan des Républicains « Cette autonomie est suffisante, le transfert des compétences est déjà une réalité. » Sur ce point, Romuald, représentant de l’UC répond : « Je suis pour l’indépendance car il faut que l’on puisse s’assumer et décider pour nous-mêmes. » Du côté de Calédonie Ensemble, Mai présente une position plus médiane : « Une émancipation progressive mais avec du dialogue, tout en restant au sein de la France car nous avons une relation historique avec la Métropole. »

Xavier Rossard, Romuald Pidjot et Tuamanaia Foimapafisi.

Vers la sortie de l’Accord de Nouméa…

Nous arrivons au terme de l’Accord de Nouméa. Outre que reste en suspens le transfert des compétences inscrit à l’article 27 de la loi organique (communication audiovisuelle, enseignement supérieur, contrôle de légalité des provinces et communes), la question pour ou contre l’indépendance portera sur le transfert définitif des compétences régaliennes. « Nous devons poursuivre ce processus, jusqu’à atteindre la pleine souveraineté», martèle Romuald (UC). « Cette indépendance devra s’accompagner de signes identitaires : le nom du pays, le drapeau, la nationalité kanak. » Mai Nguyen rappelle que « L’Accord de Nouméa a permis de dépasser les clivages politiques amorcé par la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur en 1988. C’est basé avant tout sur le dialogue. Cela résume ma vision de la Calédonie. » Xavier Rossard ajoute : « Je comprends la revendication des kanak mais aujourd’hui beaucoup de communautés vivent en Nouvelle-Calédonie. On peut construire un destin commun avec toutes ces populations. » 

Jean-Gabriel Favreau et Mai Nguyen

Quels signes identitaires pour quel pays ?

Depuis 2010, le drapeau kanak flotte à côté du drapeau français en Nouvelle-Calédonie. « Le drapeau kanak véhicule les valeurs de notre culture. La levée des deux drapeaux est un premier pas. Mais pour nous, c’est le seul qui devrait être hissé» souligne Romuald. Dans la salle, des étudiants kanak disent leur fierté d’arborer le drapeau kanak quand ils sont en Métropole, affirmant avoir constaté que les jeunes Métropolitains eux-mêmes reconnaissent ce drapeau comme le seul du pays. La question du drapeau kanak comme emblème du pays n’est pas partagée par Mai. Au nom de Calédonie Ensemble, elle estime que « le drapeau doit représenter le socle des valeurs communes à toutes les communautés pour que tout le monde s’y retrouve. »

Sommes-nous en mesure d’assumer toutes les compétences ?

Depuis l’an 2000, le transfert des compétences a permis à la Nouvelle-Calédonie d’être autonome dans de très nombreux secteurs, confirmant ainsi l’émancipation du pays prévue par l’accord de Nouméa. Nous sommes compétents en matière de commerce extérieur, de desserte aérienne mais aussi au niveau du secteur minier, du droit du travail, de l’enseignement primaire et secondaire, etc. Mais « est-on réellement prêt pour assumer pleinement toutes les compétences ? Et surtout les compétences dites régaliennes ?» se demande Aurélie Boula, de l’association Découvre ton Caillou. Cette question amène une seconde plus importante encore : quel projet de société proposé, quel que soit l’issue du référendum ? « La clé de répartition budgétaire entre les trois provinces actée par les Accords de Matignon et d’Oudinot en 1988 devra être revue ainsi qu’une réforme des institutions calédoniennes » selon le représentant du Rassemblement. L’inégalité soulevée pointe que 75 % des habitants vivent en province Sud, mais la collectivité ne perçoit que 49% des recettes fiscales. Chaque parti politique propose un projet de société dans son programme. Le nickel, l’aquaculture et le développement du tourisme sont des pistes connues et à exploiter à l’avenir. Cependant, l’inquiétude porte aussi sur notre capacité à subvenir à nos besoins les plus élémentaires. Thibault Bizien, président de l’association Caledoclean, présent dans le public, alerte : « 85% des produits alimentaires que nous consommons proviennent de l’importation. Je ne suis pas contre une indépendance quelle que soit sa forme mais sommes-nous capables d’être autonomes à ce niveau ? »

Quelle que soit l’issue, la solution sera de toute façon à trouver dans un consensus : « Nous devrons trouver des points d’accord dans le souci de sauvegarder la paix » conclut Mai Nguyen.

Pour aller plus loin :

En savoir plus sur le référendum 2018 ici

Qu’est-ce que la liste électorale spéciale pour la consultation sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté par ici

Puis-je voter pour le référendum 2018 ? Clique ici pour le savoir

L’Accord de Nouméa